Chroniques

par irma foletti

La Périchole
opéra-comique de Jacques Offenbach

Opéra de Saint-Étienne
- 2 janvier 2026
La Périchole, opéra-comique de Jacques Offenbach, à Saint-Étienne
© cyrille cauvet | opéra de saint-étienne

Pour spectacle des fêtes de fin d’année, l’Opéra de Saint-Étienne met à son affiche La Périchole, un titre certes joyeux mais qui recèle aussi de tendres et touchantes finesses. Pour l’occasion, une nouvelle mise en scène a été confiée à Jean-Christophe Mast, en coproduction avec l’Opéra de Marseille [lire nos chroniques de Roméo et Juliette, Nabucco et Die Entführung aus dem Serail].

Par les costumes colorés de Jérôme Bourdin – chapeaux de paille et divers masques – nous sommes bien à Lima, la grande pyramide inca sur une tournette au centre du plateau renforçant cette impression, même si des vêtements Second Empire ramènent au temps du compositeur. Alignées dans un renfoncement de la pyramide, quelques bouteilles suffisent à évoquer le cabaret des Trois Cousines, tandis qu’à l’opposé, une autre face inclinée présente une cible géante, sur laquelle la Périchole et Piquillo manieront, tour à tour, un vrai-faux lancer de couteaux. Cette cible se transformera plus tard en trône du Vice-roi du Pérou, avant qu’à l’Acte III une grille remplace les bouteilles pour figurer la prison.

Marie-Andrée Bouchard-Lesieur est une somptueuse Périchole, dotée d’une voix plutôt sombre de timbre et riche, capable de puissance, tandis que l’actrice possède une vis comica naturelle qui amuse sans en faire trop. On la pousse dans une auto-tamponneuse à tête de lama pour l’air de la griserie, Ah ! Quel dîner je viens de faire, mais avant cela, c’est aussi sur deux lamas de manège, qui montent et descendent, qu’elle chante le duo L'Espagnol et la jeune Indienne [lire nos chroniques de Médée, The rape of Lucretia, Die Walküre à Bruxelles puis à Paris]. Son Piquillo est le ténor Kaëlig Boché, suffisamment expressif, d’une diction claire aussi bien pour le chant que les textes parlés. Les aigus sont fermes, bien projetés et tenus [lire notre critique du CD Cartan ainsi que nos chroniques d’Il mondo della luna, Le tribut de Zamora, Hamlet à Massy, Sigurd et Zaide]. Les moments de tendresse et d’émotion sont aussi bien présents dans cette partition, comme dans le rondeau On me proposait d'être infâme, où le chef ralentit judicieusement son tempo sur les paroles « ma femme, avec tout ça, ma femme, qu’est-ce qu’elle peut fair’ pendant c’temps-là ». Un peu plus tard, c’est au tour de la Périchole de véhiculer l’émotion dans l’air des aveux, Tu n'es pas beau, tu n’es pas.

Le Vice-roi sort des dessous habillé en catcheur, portant masque et cape blanche à liseré rouge. Florent Karrer tient le rôle d’une voix bien timbrée et assurée, encore meilleur dans les dialogues, balançant entre autorité et humour, que dans un chant pas toujours suffisamment volumineux [lire nos chroniques de Shirine, Carmen, Die Zauberflöte, La fanciulla del West et Der Rosenkavalier]. Les trois cousines Amandine Ammirati (Guadalena, Manuelita), Mathilde Lemaire (Berginella, Frasquinella) et Aliénor Feix (Mastrilla, Brambilla), qui prennent plus tard les rôles de dames de la cour, forment un petit groupe survitaminé et bien chantant. Les hommes du Vice-roi, le ténor Flannan Obé (Don Miguel de Panatellas) [lire notre chronique de Fantasio] et le baryton Jean-Gabriel Saint-Martin (Don Pedro de Hinoyosa) sont bien en situation, et l’on admire la noblesse de timbre du deuxième [lire nos chroniques d’Orphée et Eurydice, Agrippina, Pastorale, De la maison des morts, Le nozze di Figaro, Trois contes et Hamlet ici-même]. Drôle, également, Jean-Claude Calon, dans les deux rôles parlés du marquis de Tarapote puis du vieux prisonnier au troisième acte… celui qui, pour s’évader, creuse depuis douze ans un tunnel avec son petit couteau. Mentionnons enfin les apparitions, régulières mais courtes, des quatre danseurs qui interprètent les chorégraphies de Jean-Marc Chastel.

Laurent Touche, le chef du Chœur Lyrique Saint-Étienne Loire, est ce soir au pupitre de fosse. Il anime la partition avec un constant bon goût. Dès l’Ouverture, on apprécie la puissance orchestrale mesurée qui permet à l’auditeur de goûter aux détails des mélodies, interprétées sans faute par un Orchestre Symphonique Saint-Étienne Loire en très bonne forme. L’équilibre entre fosse et plateau est ainsi facilité et le chœur s’applique à l’articulation du texte, assurant par ailleurs une excellente cohésion d’ensemble. Le lama est véritablement l’animal fétiche de la soirée : trois têtes géantes de cette espèce zoologique surplombent la pyramide au cours du dernier acte, puis on remet finalement au couple vedette un Lama d’or, la statuette venant récompenser l’heureux dénouement, tandis que les jeunes gens cherchent un peu leurs mots pour les remerciements.

IF