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récital Luca Quintavalle
Metamorphosen – dix compositeurs pour le clavecin
Après deux albums consacrés aux musiques d’aujourd’hui, l’un parcourant la création italienne, l’autre réunissant dix compositrices [lire nos critiques des albums Italian Contemporary Music et Mousiké], Luca Quintavalle poursuit son exploration du clavecin contemporain. Sous le titre Metamorphosen, le musicien lombard rassemble des pages fort dissemblables, originales ou transcrites, dont la métamorphose s’impose en dénominateur commun. L’argument est généreux, parfois un peu commode, souvent habile. Reste un interprète dont l’engagement ne fléchit jamais : sur un instrument à deux claviers construit par Andrea Restelli d’après Christian Vater, c’est avec adresse qu’il glaire patiemment la matière sonore, sans en émousser les aspérités.
Commençons par les plus récents opus. Révisée en 2025, La Capricieuse de Benjamin Attahir (né en 1989) semble inverser la hiérarchie habituelle entre phrase et agrément [lire nos chroniques d’Après l’ineffable, Adh-Dhohr, Poemas da despedida et Stabat Mater]. Les ornements prennent le pouvoir, brouillent la ligne, excitent la curiosité. Mais leur incessant recyclage finit par épuiser l’idée première. Régis Campo (né en 1968) persuade davantage avec Perpetuum mobile, toccata de 2025 dont l’obstination rythmique se révèle étrangement fascinante, avant que l’autosatisfaction du procédé ne reprenne ses droits. Quant à Pagamania!, nouvelle version pour clavecin et électronique d’une fantaisie sur Paganini, ses facéties parlent assez d’elles-mêmes.
De Mikel Urquiza (né en 1988), Contrapluma (2025) prend pour point de départ le quatrième Impromptu de Schubert dont il atomise les arpèges, projetés dans l’aigu [lire nos chroniques de Belarretan, Ex voto, Pièges de neige, Elurretan et I nalt be clode on the frolt]. La virtuosité de cette écriture à rebrousse-plume ne suffit guère à lui donner quelque perceptible nécessité. Plus attachantes, malgré leurs inégalités, les Three American Studies d’Hans Abrahamsen (né en 1952) [lire notre chronique de Left, alone], transcrites en 2025, témoignent d’un savant perpignage des canons, proportions et symétries : Boogie Woogie multiplie les engrenages jusqu’à la lassitude ; For the Children, au contraire, dispense la tendre lumière d’une comptine-berceuse, boîte à musique dont ralentirait le ressort ; dans une insistance où vite l’on saisit le principe, Blues referme le triptyque.
Autre affaire avec les Six Préludes de Wolfgang Rihm (1952-2024), écrits à quinze ans et transcrits avec l’accord du compositeur peu avant sa disparition. Le premier surprend par une couleur presque guitaristique, entre folk électrifié, recitativo baroque et retour furieux d’un motif répétitif. Le deuxième chante comme un song des années soixante, au romantisme réinventé. Au Presto péremptoire, joueur, avec son sourire final digne d’un Poulenc, succède une valse dont s’enraye la mécanique. Sicilienne quasi harpistique, l’Andante con moto ose une harmonie plus étrange, tandis que l’Allegro agitato sculpte une danse farouche, renfrognée. Ce jeune Rihm regarde derrière lui sans jamais se laisser enfermer dans l’héritage.
Daté de 2024, …flickering instantiation… de Chris Dench (né en 1953) est LA grande rencontre de ce disque. Revendiquant une complexité nouvelle – quant à lui, Rihm s’était rapproché de la neue Einfachheit, sans que son œuvre se laissât réduire à telle étiquette –, le Britannique fait dialoguer Frescobaldi et Louis Couperin avec un modernisme sans concession. L’écriture, touffue, singulière, parfois proche de Ferneyhough par la densité, donne l’illusion de plusieurs clavecins à l’œuvre. Contrastes, ruptures, suspensions et brusques concentrations dessinent une architecture vivante dont la richesse jamais ne se confond avec le seul encombrement.
La Fantasia sobre Una matinada fresca (2023) de Joan Magrané Figuera (né en 1988) part d’une chanson catalane : un début minimaliste, d’un grand raffinement, accumule les éléments apparemment ornementaux jusqu’à laisser entrevoir la renaissance d’un thème, toujours différée [lire notre chronique de Diàlegs de Tirant e Carmesina]. Breve VII (2021) de Maurilio Cacciatore (né en 1981) impose, en deux minutes, une violence fiévreuse : l’ostinato précipite le clavier dans une course effrénée, achevée en une sorte d’agglutination sonore. Entre mysticisme et dépouillement, les Tres preludios para Jacobo Fijman (2017) d’Alex Nante (né en 1992) retiennent surtout par le dernier, Devoto, dont les résonances offrent un peu plus de mystère que les formules précédentes [lire notre chronique d’Estrella de la mañana].
Revenons enfin à 1982 avec les Dos improvisaciones de Luis de Pablo (1930-2021), que Luca Quintavalle a reconstruites à partir d’esquisses, d’un enregistrement ancien et d’une partition pour piano. Dans cette musique, rien de désuet ! La première pièce traverse, retourne et imbrique ses motifs dans un souvenir sériel remarquablement libre. Plus bondissante, la seconde, presque ludique, conjugue la rigueur de l’écriture à une invention que ne soumet aucun dogme. Voilà sans doute le sommet de cette anthologie disparate, voire la meilleure justification de la curiosité obstinée de son interprète.
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