Chroniques

par irma foletti

Tosca
opéra de Giacomo Puccini

Opéra de Saint-Étienne
- 14 juin 2026
Tosca, ouvrage lyrique de Giacomo Puccini, à l'Opéra de Saint-Étienne
© cyrille cauvet | opéra de saint-étienne

C’est d’abord pour sa partie vocale que l’on retiendra cette Tosca donnée à l’Opéra de Saint-Étienne. Nous entendons, en effet, les trois principaux protagonistes pour la première fois et deux d’entre eux sont certainement parmi les tout meilleurs titulaires de leur rôle. À commencer par la Floria de Federica Vitali, soprano à la fine musicalité, au timbre séduisant et à la voix capable de toutes les nuances, entre infimes pianissimi et aigus dardés, bien plus larges. Son air Vissi d’arte est très investi, et bien d’autres répliques restent gravées dans les oreilles, y compris celles exprimés dans un grave confortable – par exemple Non so nulla. L’émotion grandit encore en fin de représentation quand elle lance ses Mario, Mario désespérés à l’amant fraichement assassiné, puis lorsqu’elle saute dans le vide en fond de plateau, de manière fort crédible [lire nos chroniques d’Il castello di Kenilworth et d’Enrico di Borgogna].

Le Cavaradossi du ténor nord-américain Anthony Ciaramitaro est également une formidable découverte. Il est doté d’une voix de couleur plutôt sombre dans un médium généreux, qui s’éclaircit significativement dans le registre le plus aigu, celui-ci émaillé de notes brillantes et tenues. Ainsi ses deux grands airs, Recondita armonia et E lucevan le stelle, font-ils partie des meilleurs moments de la représentation. L’artiste fait aussi preuve d’engagement et de mordant dans l’accent, à de nombreuses occasions, comme sur La vita mi costasse ou pendant les scènes de torture. En Scarpia, Massimo Cavalletti ne voyage pas sur les mêmes cimes. Possédant une voix de baryton certes bien timbrée et tout à fait dans la tessiture du rôle, le chanteur est sujet à des instabilités récurrentes dès que le rythme s’emballe, en particulier dans la moitié supérieure. Même avec ses fragilités et un volume qu’on souhaiterait par moments un peu plus fort, il ne démérite pas et tient sans problème sa partie [lire nos chronique de La bohème, Manon Lescaut et Don Carlo].

Parmi les rôles plus secondaires, il faut d’abord mentionner l’Angelotti de Mathieu Gourlet, basse au grave sombre et assez monolithique, qui correspond bien au personnage, puis le Spoletta de Saverio Pugliese, ténor à l’aigu bien concentré [lire notre chronique de Turandot], tandis que le Sacristain de Matteo Loi, plus jeune que d’ordinaire, affirme un style moins caractérisé [lire nos chroniques de Der Besuch der alten Dame, La scuola de’ gelosi, Don Giovanni et I Pagliacci].

Il faut sans doute remercier à double titre Giuseppe Grazioli : pour ses talents de conseiller aux distributions vocales, ainsi que pour sa direction musicale en tant que chef principal de l’Opéra de Saint-Étienne. Tout en donnant de l’allant et du caractère à la musique, le chef italien veille constamment à ne pas submerger le plateau. Nuances et tempi sont variés, comme ces moments plutôt lents et solennels, à l’entame, qui contrastent avec la suite, quand la partition s’anime davantage. Le Chœur Lyrique Saint-Étienne Loire, préparé par Laurent Touche, ainsi que la Maîtrise de la Loire, sous la direction de Jean-Baptiste Bertrand, participent aussi avec qualité.

La mise en scène de Pier Francesco Maestrini [lire nos chroniques de La campana sommersa et d’Andrea Chénier] a été créée à l’Opéra de Tours en 2017, sans reprise depuis. Guillermo Nova s’est chargé de la scénographie et de la vidéo, celle-ci abondamment utilisée par le moyen de projections sur le tulle qui ferme le cadre de scène à l’avant. Ce sont d’abord, les pierres d’un mur qui volent en éclats quand le prisonnier Angelotti s’échappe, puis, par images fixes, certains éléments caractéristiques du premier acte de l’église Sant’Andrea della Valle, dont le portrait de Marie-Madeleine que peint Cavaradossi. Le choix de ce procédé, avec l’écran en place de manière permanente, comporte quand même de petits inconvénients : celui de voir les artistes au travers des mailles du voile, les chanteurs vus en transparence étant d’ailleurs plus ou moins dans l’ombre ou dans la lumière selon les couleurs projetées. Le deuxième acte gagnerait à ce que l’on recoure à une toile peinte, au vu de l’image fixe qui représente le Palais Farnese. Les illustrations sont plus variées au dernier acte, entre tableau du château Saint-Ange, la prison où Mario regarde la lumière du dehors, entrant par une ouverture fermée de barreaux, ou encore le flashback du baisers des amants pendant E lucevan le stelle. Précédemment, la fin du premier acte avait beaucoup d’allure : peintures projetées de la coupole qui tournent dans deux sens inversés, entrée des choristes qui titubent, un peu comme Scarpia ivre d’amour pour Tosca, puis climax habituel en final, dans les lumières blanches et fumées.

IF