Chroniques

par irma foletti

Nabucco | Nabuchodonosor
opéra de Giuseppe Verdi

Festival Verdi / Teatro Regio, Parme
- 3 octobre 2026
Ariunbaatar Ganbaatar est NABUCCo au Festival Verdi de Parme 2026...
© roberto ricci | festival verdi

Nabucco revient au Festival Verdi de Parme (sous son titre original de Nabucodonosor, bien qu’il s’agisse du même ouvrage). En coproduction avec le Teatro Comunale de Bologne et le Teatro Carlo Felice de Gênes, la nouvelle mise en scène est signée de Pier Luigi Pizzi, qui se charge aussi, comme régulièrement, des décors et des costumes – premiers métiers de sa très longue carrière. La réalisation visuelle de Pizzi – à l’issue de la représentation, il vient saluer, bon pied bon œil, à quatre-vingt-seize ans – s’avère particulièrement stylisée et dépouillée. La scénographie est réduite, le plus souvent, à un plateau nu délimité au fond par un escalier de huit marches, les éléments de décor se faisant rares : au premier acte, une menorah que l’on déplace au centre, ou encore, au suivant, un fauteuil dans les appartements royaux d’Abigaille. Le second tableau du quatrième acte, dans les jardins suspendus de Babylone, s’agrémente, en fond de scène, de cinq hautes colonnes de masques dorés qui s’écroulent lorsque Nabucco détruit l’ensemble (L’idol funesto, guerrier, frangete qual polve al suol). Réglées par Massimo Pizzi Gasparon Contarini, les lumières varient les images suivant l’action, par exemple un fond d’un blanc immaculé sur lequel se détachent les silhouettes des Hébreux. Le code couleur est bien défini : noir et blanc pour les Hébreux, noir et rouge pour les Babyloniens, de rares variantes faisant exception, comme l’habit violet de Nabucodonosor à l’Acte III, en qualité de roi déchu ayant perdu, provisoirement, la raison. Mais en ce qui concerne les costumes, c’est surtout l’entrée en scène d’Abigaille qui attire les regards, en bustier, short et bottes de cuir noirs, portant un casque très profilé qui part en pointe vers l’avant, pouvant rappeler un bec d’oiseau.

Titulaire régulier du rôle-titre, le baryton mongol Ariunbaatar Ganbaatar est une valeur sûre du chant verdien, doté d’un timbre à beau grain et sonore dans les moments de colère ou de vengeance [lire nos chroniques de La forza del destino et d’Otello]. À l’inverse, son plus doux Dio di Giuda ! au dernier acte est chanté sur le souffle et dégage une belle émotion. La distribution vocale est cependant dominée par l’Abigaille de Lidia Fridman, qui possède une impeccable musicalité et des moyens généreux – graves correctement exprimés, aigus et suraigus brillants, précision des grands intervalles et souplesse vocale digne d’une belcantiste pour aborder certains passages d’agilité redoutables comme la cabalette de l’Acte II, Salgo già del trono aurato. Le personnage de grande reine droite et sévère, voire implacable, est très crédible [lire nos chroniques de Macbeth et de Wozzeck].

Après une entrée où quelques secondes lui sont nécessaires à ajuster son intonation, Michele Pertusi incarne un autoritaire et fort respectable Zaccaria. Il prend quelques précautions pour dérouler sa première cabalette, Come notte a sol fulgente, en évitant d’enfler certaines notes, mais gagne en moyens au fur et à mesure de la représentation, jusqu’à la scène conclusive de l’Acte III. En Ismaele, Andrés Moreno García marque moins les oreilles. Ténor d’une agréable couleur méditerranéenne, mais au volume réduit, il est parfois couvert et ses aigus ont tendance à se rétrécir en montant. La Fenena de Laura Verrecchia développe davantage de richesse [lire nos chroniques d’Il viaggio a Reims et de Don Carlo]. Elle est malheureusement victime de la fausse route d’un verre d’eau qui la prend de quintes de toux au mauvais moment, juste pour aborder Oh dischiuso è il firmamento, à l’acte final ; mais elle arrive à s’en sortir honorablement. Adriano Gramigni (Grand Prêtre de Belo), Simone Fenotti (Abdallo) et Maria Cristina Bellantuono (Anna) complètent avec qualité, en particulier cette dernière, pourvue d’une présence vocale certaine.

À la tête d’un Orchestra del Teatro Comunale di Bologna de fort belle allure, Francesco Lanzillotta impulse une direction qu’on apprécie de bout en bout [lire nos chroniques de Torvaldo e Dorliska, Lucia di Lammermoor, L’elisir d’amore, Aida, La bohème et Bastarda]. Cela démarre avec des choix de tempi significativement lents à l’entame de l’Ouverture, donnant un caractère doux et solennel aux premières mesures, jouées par des pupitres de cuivres très au point. Les bois cisèlent ensuite leurs mélodies avec goût, avant des tutti majestueux. Le Coro del Teatro Regio di Parma est ici dans son élément ; il s’avère généreux et plutôt homogène, malgré quelques ténors qui, par instants, se fondent moins idéalement dans la masse. Évidemment attendu, le Va, pensiero, sull’ ali dorate du III est une belle séquence, bénéficiant d’un chant contrôlé sur le souffle, l’ensemble des choristes s’avançant par deux fois vers le public, pour terminer un genou à terre.

IF