Chroniques

par irma foletti

La gazza ladra | La pie voleuse
opéra de Gioachino Rossini

Rossini in Wildbad / Kurhaus, Bad Wildbad
- 25 juillet 2026
LA GAZZA LADRA au festival Rossini in Wildbad 2026...
© patrick pfeiffer | rossini in wildbad

Le festival Rossini in Wildbad reprend place à la Kurhaus, après une interruption de quinze ans où les plus grosses productions étaient données dans la vaste Trinkhalle. L’auditeur y gagne en proximité vis-à-vis des artistes en scène, mais surtout en qualité acoustique, le son provenant beaucoup plus directement à ses oreilles sans se perdre dans les recoins d’une grande salle en longueur. Mais ici, il n’y a pas non plus de fosse, les musiciens étant placés au niveau du parterre, devant les premiers rangs : ainsi le bon équilibre entre l’orchestre et solistes et choristes reste-t-il pour le chef un défi.

Au pupitre, on retrouve, comme hier dans L’occasione fa il ladro [lire notre chronique de la veille], José Miguel Pérez-Sierra, à nouveau à la tête du Filharmonii im.Szymanowskiego w Krakovie, cette fois dans un effectif plus fourni, mis au service de La gazza ladra, opéra semiseria de plus grande ampleur. Très au point, les musiciens se sont produits une dizaine de jours plus tôt au Festiwal Królewski w Krakowie, présentant à peu près la même affiche que celle de Rossini in Wildbad. Dès l’Ouverture, bien connue, les traits solistiques (en particulier hautbois, flûte, piccolo et cor) sont superbement assurées et dynamiques. La musique a fière allure et prend une belle ampleur, couvrant tout de même régulièrement les chanteurs dans les moments les plus explosifs.

Dans la réalisation scénique de Jochen Schönleber, l’action démarre immédiatement, sur un dispositif central reposant sur une tournette, utilisée avec parcimonie. Les villageois déploient une banderole Bentornato Giannetto, Fabrizio Vingradito et son épouse Lucia étant prêts à accueillir leur fils Giannetto au retour de la guerre. Mais une jeune femme, Ninetta, héroïne campée debout sur une table, s’écroule soudain. Blessé, son père Fernando Villabella la rejoint bientôt au sol, inanimé – concernant ces deux-là, le doute subsiste : peut-être sont-ils laissés pour morts, ce qui rééquilibre le caractère semiseria de l’ouvrage bénéficiant d’une fin heureuse dans le livret de Giovanni Gherardini, une adaptation de La pie voleuse ou La servante de Palaiseau de Théodore Baudouin d'Aubigny et Louis-Charles Caigniez. Les éléments de décors sont en petit nombre : tables et chaises, avec quelques bouteilles et des verres pour signifier la fête au village ; plus tard, une table servira au juge qui condamnera Ninetta à mort pour le vol d’une cuillère en argent chez les Vingradito. La vraie coupable, la pie voleuse, sera identifiée tardivement, les mêmes initiales FV sur le couvert (à la fois pour Fabrizio Vingradito et Fernando Villabella) n’ayant pas joué en la faveur de l’innocente servante. Deux hauts caissons en forme de cloisons peuvent également être tournés à vue et suggérer, selon la face présentée aux spectateurs, une ambiance extérieure ou intérieure chez les Vingradito.

La distribution vocale est de très bon niveau. À commencer par Claudia Muschio dans le rôle le plus sollicité de Ninetta. Elle entre en scène depuis la salle sur la cavatine Di piacer mi balza il cor et révèle une fine musicalité, un joli timbre et une agilité déliée. Le personnage montre plus tard du caractère, résistant aux assauts séducteurs du podestat, puis culmine en émotion dans la prière Deh tu reggi in tal momento, précédant de peu l’heureux dénouement final. En Pippo, Francesca Di Sauro est LA révélation de la soirée. De ce mezzo d’une magnifique couleur, égal en qualité sur toute la tessiture et aux vocalises naturelles et fluides, on apprécie le brindisi Tocchiamo, Beviamo, où l’interprète enfle avec goût certaines notes ou encore transpose à l’aigu une phrase dans la reprise. Aussi le long duo du second acte entre les deux chanteuses, Ebben, per mia memoria, forme-t-il l’un des plus beaux moments de la représentation, les lignes vocales s’entrelaçant subtilement pendant la cantilène, avant des démonstrations d’agilité au cours de la cabalette. Gaja Vittoria Pellizzari complète le plateau féminin en Lucia, parfois discrète dans le grave mais dotée d’un timbre sombre qui correspond à ce personnage sévère prompt à accuser Ninetta.

Côté masculin, Fabrizio Vingradito est défendu avec solidité par Matteo Torcaso. L’autre baryton, Emmanuel Franco distribué en Fernando, a bien plus à chanter, développant un chant vigoureux et fort engagé… au risque de forcer par endroits, comme au cours du grand air de l’Acte II, Accusato di furto. Le Podestà de la basse Nathanaël Tavernier se présente en beau monsieur en costume – cravate et raide comme un pic, qui ajoute au cynisme de ce rôle de méchant d’avant l’ère #MeToo. La profondeur des graves est bienvenue, mais l’artiste n’ayant cependant pas exactement le format d’une basse chantante capable de davantage de crescendo dans le volume, il est parfois couvert par l’orchestre. Fidèle du festival ces dernières années, le ténor Patrick Kabongo ne réalise peut-être pas en Giannetto sa meilleure incarnation rossinienne : il ne peut vraiment briller qu’au cours de l’air d’entrée, Vieni fra queste braccia, élégiaque dans la cantilène puis amenant de petites variations et suraigus en voix mixte pendant la cabalette. Les rôles secondaires complètent avec bonheur : le ténor bien concentré Davide Zaccherini (Isacco, Il Pretore) et à l’émission caricaturale judicieusement dans le masque ; l’autre ténor au large médium, Timoteo Bene Junior (Antonio) ; enfin, le beau baryton Giovanni Accardi (Giorgio).

IF