Chroniques

par irma foletti

L’occasione fa il ladro, ossia Il cambio della valigia
L’occasion fait le voleur ou L’échange de valises

burletta per musica de Gioachino Rossini
Rossini in Wildbad / Königliches Kurtheater, Bad Wildbad
- 24 juillet 2026
L'occasione fa il ladro à Bad Wildbad 2026
© patrick pfeiffer | rossini in wildbad

Le festival Rossini in Wildbad reprend sa production de 2017 de L’occasione fa il ladro, dans la mise en scène de Jochen Schönleber, surintendant et directeur artistique de la manifestation. Les moyens scéniques sont réduits mais visent à l’efficacité : un modeste podium à gauche, où sont installées une petite table et une chaise, figure l’auberge dans laquelle les voyageurs se rencontrent ; à droite, le canapé rouge suggère la maison de Don Eusebio dans laquelle se déroule la majorité de l’intrigue. Les deux valises échangées du comte Alberto et Don Parmenione étant assez différentes, c’est davantage un vol de bagage qu’opère ce dernier, à l’aide de son servant Martino, qui sert ici l’histoire. Originalité encore plus marquée et plutôt en phase avec cette burletta per musica rossinienne, le portait de la fiancée supposée, dans la valise d’Alberto, est ce soir celui d’un homme barbu tout sourire. Par ailleurs, entrées et sorties se font souvent par le fond de plateau, fermé par deux cloisons noires transversales qui s’ouvrent sur un espace volontiers lumineux, agrémenté de deux petites sculptures sur piédestal, dont un Manneken-Pis doré et son jet d’eau occasionnel.

La distribution vocale se compose de jeunes chanteurs membres de l’Akademie BelCanto du festival, ainsi que de leur professeur de chant, le baryton-basse Filippo Morace qui tient le rôle de Don Parmenione. On apprécie sa vis comica bien en situation, tandis que la voix est plus solide dans sa partie centrale, le grave devenant plus discret et l’aigu rencontrant certaines fragilités. À l’écoute de Giovanni Accardi en Martino, on se dit que l’élève a dépassé le maître : son baryton ou baryton-basse s’avère superbement timbrée et projetée, et fort homogène en qualité sur l’étendue de la tessiture – un nom à suivre assurément. Les deux rôles de ténor que sont le comte Alberto et de Don Eusebio sont très bien tenus, respectivement par Davide Zaccherini et Timoteo Bene Junior. Bien plus sollicité, le premier affirme l’élégance dans des aigus fermes et tenus, comme dans l’air D'ogni più sacro impegno, bien conduit et à l’agilité correcte dans sa section finale. Le second fait entendre un large médium, ainsi qu’un agréable registre plus aigu, de sorte qu’on aimerait le réentendre dans une partie de plus grande importance, ayant au moins un air en propre à interpréter.

Côté féminin, c’est la Berenice du jeune soprano Ilaria Monteverdi qui remporte les suffrages. Sonore et musicale, le chant bénéficie d’une agilité plus que correcte. L’artiste développe ces qualités dans le grand (et long) air Voi la sposa pretendete, dont elle négocie bien la dernière section agitée, avec petites notes piquées qui alternent avec aigus à pleine voix. Gaja Vittoria Pellizzari incarne Ernestina, mais son timbre sombre exerce moins de charme, l’instrument étant capable de puissance mais pas toujours d’une parfaite précision d’intonation.

À la tête du Filharmonii im.Szymanowskiego w Krakovie, José Miguel Pérez-Sierra se confirme rossinien émérite, qui amène une superbe animation musicale dès l’Ouverture – elle contient d’ailleurs la musique d’orage du Barbiere di Siviglia. Le chef maintient par la suite un haut niveau d’énergie, mais aussi la contrôle du niveau de décibels afin de faciliter la tâche aux solistes. Un petit mot, enfin, pour saluer la fantaisie et l’inventivité des récitatifs de Gianluca Ascheri au pianoforte, citant, toujours à propos suivant l’action, certains passages de La Cenerentola, Rigoletto ou Don Giovanni.

IF