Chroniques

par laurent bergnach

récital Trio Pantoum
Arenski – Ravel – Srnka

1 CD La Dolce Volta (2025)
LDV 145
Le Trio Pantoum joue Arenski, Ravel et Srnka

Fondé en 2016 au CNSMD de Paris, le Trio Pantoum a construit son identité en s’imprégnant de la tradition viennoise (Haydn, Mozart et Beethoven) sans renoncer à explorer des univers plus récents, comme en témoigne leur premier enregistrement qui réunit Anton Arensky (1861-1906), Maurice Ravel (1875-1937) et Miroslav Srnka (né en 1975). Le patronyme du compositeur français vient naturellement à la bouche du violoniste Hugo Meder lorsqu’il explique que le nom donné à leur formation par Bo-Geun Park (violoncelle), Kojiro Okada (piano) et lui-même s’avère « une façon d’exprimer notre fascination pour la musique de Ravel mais aussi pour cette forme de poésie orientale, le pantoum, qui inspira Baudelaire comme Hugo, dont la particularité est de développer et d’enlacer deux idées différentes au sein d’une même strophe. Ce qui correspond à notre conception du trio : trois musiciens qui se mêlent pour servir un projet commun, sans faire abstraction de leurs personnalités respectives ».

Élève de Rimski-Korsakov à la fin du XIXe siècle, avant d’enseigner à son tour à certains musiciens qui se distingueraient au début du siècle suivant (Rachmaninov, Scriabine, Glière, Medtner, etc.), Arenski écrit en 1894 son Trio avec piano en ré mineur Op.32 n°1 – pour lui, c’est une année féconde, puisqu’on recense plusieurs opus portant cette date, dont l’hommage orchestral Variations sur un thème de Tchaïkovski (confrère mort en 1893) et l’opéra Raphaël, inspiré par la vie du fameux peintre et architecte de la Renaissance, Raffaello Sanzio. Hélas, grande est la déception en découvrant une interprétation qui manque de direction comme de finesse, voire de justesse par instants.

« Gédalge [sic] ne prodiguait ni préceptes ni conseils d’orchestration, aucun. C’était seulement la matière musicale elle-même qui le préoccupait. Pas le vêtement. Et, tout bien considéré, chez Ravel, il y a la facture musicale et, en plus, le vêtement. » Dans ses propos sur le maître de Montfort-l'Amaury – recueillis par le regretté Marcel Marnat (1933-2024) pour les Éditions Hazan (1995) –, Manuel Rosenthal explique pourquoi, entre Gabriel Fauré et André Gedalge, Ravel préférait le second de ses professeurs au Conservatoire de Paris. C’est à lui qu’est dédié le Trio en la mineur M.67, lequel vit le jour salle Érard, le 28 janvier 1915. Modéré, premier des quatre mouvements, jouit d’une agréable respiration et d’un phrasé confortable. À sa suite, hélas, Pantoum confronte l’auditeur à une narration sans hiérarchie, qui accorde trop de place aux figures subalternes. Un violoncelle feutré et un violon discret font l’originalité d’une Passacaille aux couleurs orientales. Enfin, regrettons un Final où le piano oscille entre le terne et une démesure que la proximité microphonique accentue.

Le programme se conclut avec Srnka, créateur tchèque dont nous suivons le parcours chambriste depuis plusieurs années [lire nos chroniques des 1er et 3 décembre 2017, du 26 janvier 2018 et du CD Naïve]. Avec son titre qui évoque les réseaux sociaux, et ses modes de jeux diversifiés, Emojis, Likes et Ringstones (commande du Concours international de musique de ARD en 2018) éloigne résolument le Trio Pantoum du clarissime viennois. Il peut s’amuser à imaginer toutes sortes de sonorités, voire de bruits, selon la volonté d’un compositeur que Bo-Geun Park dit très ouvert aux propositions interprétatives : « Son idée était de montrer la façon avec laquelle un musicien peut se déshumaniser et se mettre à jouer comme une machine. Nous devions ainsi donner l’impression d’un jeu très mécanique mais avec la liberté d’y imprimer notre propre fantaisie ». Ici, les interprètes ne déçoivent pas et laisse l’auditeur sur une bonne impression.

LB