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Chroniques
récital Quatuor Hermès
Korngold – Mozart – Webern
Née en 2008, entre les murs du CNSMD de Lyon, la formation initiale du Quatuor Hermès étudie avec les membres du Quatuor Ravel, puis avec les Ysaÿe, les Artemis, etc. Au disque, chez La Dolce Volta, on a pu l’entendre jouer les compositeurs français (Debussy, Dutilleux, Ravel) et allemands (Brahms, Schumann). Aujourd’hui, après un hommage à Schubert, la formation revient en Autriche pour des échos de Vienne réunissant Mozart, Webern et Korngold.
Ouvrant un programme aux accents crépusculaire, le Quatuor en ré mineur K.421 n°15 (1783) compte parmi les œuvres fétiches de nos interprètes – Omer Bouchez, Elise Liu (violon), Lou Yung-Hsin Chang (alto) et Yan Levionnois (violoncelle). Ils s’en expliquent dans la notice accompagnant la gravure : « Mozart rend ici hommage à son maître, Haydn, mais semble tourné vers un autre univers assez sombre, déployant un lyrisme sous-jacent, de l’ordre de l’intime ». Et effectivement, à y entendre en germe l’art de Beethoven et de Schubert, on accorde volontiers au fils de Leopold le rôle d’annonciateur du romantisme, un mouvement dont Webern et Korngold marqueraient la fin, un siècle et demi plus tard. La pièce oscille entre allant et mélancolie, que les interprètes magnifient de bout en bout grâce à de nombreux atouts : sonorité très travaillée, couleur générale subtile, mise en valeur du silence par un phrasé exemplaire, élégance de l’articulation, etc.
À la Pentecôte 1905, Anton von Webern s’offre une excursion amoureuse de cinq jours avec Wilhelmine Mörtl (Minna), sa cousine et future épouse. Comme le rappelle Alain Galliari dans sa biographie [lire notre critique de l’ouvrage], c’est l’une des premières fusions avec la nature que connaît l’élève de Schönberg, attiré régulièrement par « l’atmosphère tout à fait unique qui existe au sommet des montagnes, à la fois pure et délicate » (1910), jusqu’à rechercher ensuite « la signification profonde, insondable, inépuisable » d’une réalité dont l’approche est pour lui « la plus haute des métaphysiques, des théosophies » (1919). Dans le court mouvement Langsamer Saltz, achevé en juin 1905, au terme d’une première année d’études, le musicologue note que cette « page tendre et passionnée, conventionnelle mais charmante » annonce un goût pour le contrepoint qui ne quitterait plus Webern. Le Quatuor Hermès la livre avec une grande souplesse et un grain orchestral qui en sert le lyrisme [lire nos chroniques du 8 juillet 2012 et du 6 novembre 2016].
Ce programme s’achève avec Erich Wolfgang Korngold – autre talent précoce, à l’instar de Mozart –, dont le Quatuor en mi bémol majeur Op.26 n°2 (1934) mêle plusieurs esthétiques, depuis les rives du classicisme jusqu’à celles de l’impressionnisme. Comme dix ans plus tôt avec l’opus 16, c’est le Quatuor Rosé qui en assura la création dans la capitale autrichienne, quelques mois avant que l’auteur de Das Wunder des Heliane [lire nos critiques du CD et du DVD] ne se rende aux États-Unis pour révolutionner la musique de film. Du premier mouvement (Allegro) au quatrième (Waltz), les interprètes étonnent et charment avec une version plus fine que celles qui, d’ordinaire, favorisent l’opulence et la nostalgie plutôt qu’une lumière douce, une fraîcheur nocturne perçant ici et là. Ils prouvent que l’élégance et une certaine réserve ne sont pas incompatibles avec cette partition, et font preuve d’un talent que nous saluons.
LB
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