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récital Lions Gate Trio
Bertrand – Fauré – Höller – Iannotta – Saariaho
La sortie de cet album accompagne le quarantième anniversaire du Lions Gate Trio, fondé en 1986, au Festival de Tanglewood (Massachusetts, USA). Attentifs à raviver la musique du XIXe siècle (Schumann, Brahms, Schubert, etc.), Katie Lansdale (violon), Darrett Adkins (violoncelle) et Florence Millet (piano) le sont tout autant à jouer celle des siècles suivants, comme le prouve le présent programme qui remonte le temps, de Saariaho à Fauré, de la première à la cinquième pièce.
En 1922, l’auteur de Pénélope [lire notre chronique du 20 juin 2013] sent décliner sa vue et son ouïe, s’inquiétant tout particulièrement d’une « lassitude du cerveau » qui le mène à « une vie de cloporte ». Cependant, considérant l’idée de l’éditeur Durand d’écrire un trio à l’instar de Ravel (1915), et profitant d’un séjour estival en Savoie, Gabriel Fauré parvient à mettre en route une pièce où la clarinette tient d’abord la place du violon. De retour à Paris en octobre, il achève son opus 120 à la mi-février 1923, pour une création le 12 mai. Dans ce qui sera l’avant-dernière œuvre du maître, on reconnaît bien l’allant lyrique et romantique, toujours un peu âpre, qui le distingue de la sobriété de Saint-Saëns et de « l’emportement voluptueux » de Massenet – dixit Debussy.
Ancien élève de Zimmermann marqué par les interventions de Boulez et de Stockhausen à Darmstadt, l’Allemand York Höller (né en 1944) s’inspire de la poésie de Cees Nooteboom (1933-2026) pour Tagtraüme – qu’on traduira par Rêves éveillés ou Rêves diurnes –, sous-titré Sept poèmes sonores (1995). Autour d’un élément central, assez violent et touffu, six autres s’animent avec discrétion parfois, plus délicats et aérés.
Venu à la composition grâce à l’écoute de Ligeti – « Il m’est encore et toujours indispensable », déclare-t-il en 2007 –, Christophe Bertrand (1981-2010) cite aussi Xenakis, Berio et Reich comme source d’inspiration. Pour lui, un compositeur doit faire évoluer le public plutôt que le divertir, ce qui implique d’assurer la bonne compréhension d’un cheminement dramatique. Dans cet esprit, les quatre mouvements de Treis (2000) développent chacun « un nombre réduit d’aspects compositionnels précis, assez simple et aisément identifiables, reliés par des champs harmoniques communs ou dérivés, toujours clairement reconnaissables ». Le résultat est la traversée de différents climats, d’une sensualité initiale jusqu’à une fébrilité tout à fait électrique.
Comme d’autres avant elle, Clara Iannotta (né en 1983) juge nécessaire de délaisser les notes au profit des bruits, plus aptes à construire un espace sonore rêvé [lire notre critique du CD Earthing]. Hommage à Ravel qui, comme le rappelle Martin Kaltenecker dans la notice, accorda une importance inédite aux timbres de son propre trio, Il colore dell’ombra (2011) met l’accent sur la matérialité des instruments (bois, crin, métal, etc.) et l’extrême de leurs registres. Pour s’en rendre compte, il suffit de comparer le premier des quatre mouvements, ténébreux et poisseux – la Patafix prépare le registre grave du cordier du piano –, et le troisième, foyer de tendres harmoniques.
L’album du Lions Gate Trio est nommé Lumières en référence à Paris où vécurent les compositeurs au programme, plus ou moins longtemps. Pour sa part, Kaija Saariaho (1952-2023) s’installa dans la ville lumière en 1982, à l’occasion de sa formation à l’Ircam. De son enfance finlandaise, elle garde le souvenir d’hivers sombres et de printemps sans couchers de soleil, d’où l’importance donnée à la lumière dans son travail, depuis la conception – « Je ne peux pas composer la nuit » – jusqu’au titre de certaines œuvres, telles Cinq reflets, Changing Light, ou encore Lumière et pesanteur [lire notre chronique du 2 septembre 2026]. Pour Light and matter (2014), l’éclat et la matière en question proviennent des couleurs changeantes observées depuis une fenêtre new yorkaise, sur Morningside Park. D’une tension constante, la pièce frémit de vibrations, d’oscillations et d’apaisements réguliers qui engendrent suspense et splendeur [sur d’autres trios de Saariaho, lire nos critiques des CD Ondine, Kairos et Hänssler].
LB
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