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Chroniques
Orchestre de l’Opéra national de Lyon, dirigé par Daniele Rustioni
Ouvertüre „Der fliegende Holländer“ ; Vorspiel und Liebestod von
Daniele Rustioni est de retour à l’Opéra de Lyon ! Actuel chef principal invité du Metropolitan Opera de New York, mais avant cela chef principal puis directeur musical de l’institution lyrique lyonnaise, de 2015 et 2024, le musicien italien retrouve son ancienne phalange pour un concert Wagner et Bruckner – pour ce qui concerne Wagner, rappelons qu’ici, lors de son mandat, il avait dirigé Tannhäuser, mis en scène par David Hermann, ainsi qu’en concert le deuxième acte de Tristan und Isolde, première apparition à cette occasion de Michael Spyres dans le rôle-titre masculin [lire nos chronqiues des 24 octobre et 13 février 2022].
Wagner ouvre les débats avec une Ouverture du fliegende Holländer particulièrement énergique, où l’orchestre montre fière allure, aussi bien pour l’ampleur des tutti que pour les plus douces mélodies détaillées aux bois, le mélancolique cor anglais en tête qui conduit avec sûreté ses phrases. Le chef développe une gestique toujours aussi engagée et souvent démonstrative, n’hésitant pas à mimer les traits rapides d’un archet imaginaire en faisant face aux violons, ou encore indiquer des pizzicati en se tournant vers les violoncelles.
Wagner, à nouveau, avec un Prélude de Tristan und Isolde, pas complètement parfait dans ses premières mesures où l’on détecte de brefs soupçons de scories quant à l’homogénéité des violoncelles, ainsi que celle des trois flûtes. Mais l’extrait est rapidement magnifique, en particulier pour les pupitres de violoncelles et d’altos. Les derniers moments, aux contrebasses et violoncelles, s’éteignent, puis l’Isoldes Liebestod est directement enchaîné, sans pause. Les montées vers les climax font à nouveau entendre une formation en majesté, dans ces pages parmi les plus sublimes. Il reste quand même toujours un peu frustrant, sans doute, de jouer cette Mort d’Isolde sans Isolde, la partie chantée étant échangée successivement par divers instruments. Nous avons donc eu le début et la fin de l’ouvrage… peut-être un jour prochain Rustioni en dirigera-t-il l’intégrale ?
Le lien avec Wagner est encore présent après l’entracte, la Symphonie en ré mineur n°3 d’Anton Bruckner, dite „Wagner-Sinfonie“ étant au programme. On apprécie à nouveau les qualités de la phalange, à un niveau optimal de préparation et de concentration. Les cuivres en particulier, sollicités très tôt pour certains traits, se montrent solides, trompettes et cors en tête. Les unissons de cordes sont aussi fort réussis, l’équilibre entre les diverses sections instrumentales étant maintenu même dans les moments de grande puissance où cuivres et percussions prennent la première place. Le deuxième mouvement – Adagio, Feierlich – dégage un grand charme, avec sa fugace citation, aux cors, de Tristan. Les deux derniers mouvements, Scherzo: Ziemlich schnell puis Allegro, alternent entre séquences délicatement dansantes et tutti volumineux. Daniele Rustioni participe au spectacle, ondulant sur son pupitre, sous l’emprise apparente de ces rythmes gentiment entrainants. À l’issue du concert, chef et musiciens semblent communier dans une visible satisfaction, sous les applaudissements nourris du public. Une bizarrerie, tout de même : le respectueux silence de plusieurs secondes observé à la fin de la Mort d’Isolde, avant que se retentissent les acclamations, évoquait un auditoire de connaisseurs, mais il fallut pourtant réviser cette appréciation, en seconde partie, en constatant les applaudissements systématiquement lancés à la fin de chaque mouvement.
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