Chroniques
Giuseppe Verdi
Ernani | Hernani
Ernani sans H… Avec H, c'est celui de Victor Hugo, celui qui déclenche des batailles… Verdi et son librettiste Piave ont adapté le drame romantique pour l'opéra, qui fut créé à Venise le 9 mars 1844, avec un succès triomphal.
Outre des qualités intrinsèques, l'ouvrage avait de quoi attirer le public italien du Risorgimento : le lion de Castille évoquait à s'y méprendre celui de Venise, Pio Nono se substituait aisément à Carlo Quinto dans le chœur d'allégeance au nouvel empereur, et il y avait, pour la première fois chez Verdi, un ténor de bravoure qui répandra ses contre-ut jusqu'à Otello et que l'on peut, sans risque, qualifier de ténor garibaldien.
Dans Ernani l'on découvre encore une structure nouvelle où les personnages se transforment en symboles politiques : le soprano incarne la patrie, le ténor son libérateur et le baryton l'oppresseur. Les deux premiers chantent à l'unisson, tandis que le dernier reste isolé. Cela apparaît clairement dans la production qui nous est ici proposée, enregistrée en 2005 à Parme.
Cependant, devant une mise en scène très classique (trop ?), on regrette que la caméra reste si docile et n'écoute pas assez la musique. Dès lors, l'exécution musicale, sous la direction d'Antonello Allemandi, prend le pas sur l'aspect visuel du spectacle, créant une très intéressante atmosphère. Les chœurs, dirigés par Martino Faggiani, prennent part à cette qualité musicale.
En ce qui concerne les voix, signalons particulièrement celle de Carlo Guelfi qui incarne le jeune Charles-Quint, avec les résonances d'airain que l'on imagine. La basse Giacomo Prestia est également au niveau verdien. On attend plus de bravoure encore du ténor Marco Berti, tandis que les aigus de Susan Neves souffrent de procédés scolaires pour s'épanouir. Et puis, ces deux amoureux romantiques présentent un tel embonpoint qu'ils n'en arrivent même pas à s'embrasser…
CF
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