Chroniques

par monique parmentier

Fabio Biondi et Europa Galante
jouent un concerto grosso et Les quatre saisons

Venise Vivaldi Versailles / Château de Versailles, Galerie des Batailles
- 15 juillet 2011
Le quattro stagioni, Vivaldi par Fabio Biondi
© giuseppe arcimboldo

Un festival dont le thème est la fête vénitienne n’aurait pu ne pas proposer Les quatre saisons, l’œuvre incontournable du Prete Rosso, mobilisant ainsi le grand public venu assister aux différents spectacles de nuit dans le parc. Après Rinaldo Alessandrini [lire notre chronique du 1er juillet 2011], Diego Fasolis [lire notre chronique du 9 juillet 2011] et David Grimal, celui qui conclut ce cycle est Fabio Biondi. L’exercice est d’autant plus difficile que le public de ce festival n’est pas familier des salles de concert et que le bruit provenant des jardins « mis en musique » se révèle, ce soir, extrêmement gênant pour les artistes, au point d’obliger la claveciniste à se lever pour fermer une fenêtre.

Pour débuter la soirée, Fabio Biondi a retenu une symphonie pour cordes, Il coro delle muse RV 149. Il s’agit d’un de ces concerti sans soliste dans lesquels Vivaldi fait briller l’orchestre à cordes. Ce concerto ripieno, ou sinfonia, se caractérise par son côté éclatant parfaitement rendu par les musiciens d’Europa Galante. La belle densité sonore de l’ensemble fait miroiter les canaux de la sérénissime. La cohésion et la complicité des musiciens en fait un moment vif et léger dont on retiendra particulièrement l’Andante dans lequel les pizzicati sont autant de reflets de ces nuits de fêtes et d’illusions.

Depuis 1991, Les quatre saisons font partis de l’histoire d’Europa Galante. Fabio Biondi les connaît par cœur et les interprètes sans partition. Rien de mécanique pourtant ; on sent une véritable ferveur de leur part. La disposition retenue, en cercle fermé, nous semble estomper les couleurs au profit d’une profondeur presque sacrée avec un son rond et ample, particulièrement théâtral. Tournant le dos à la salle, Fabio Biondi n’ouvre que par intermittence ce cercle pour offrir les instants les plus virtuoses de ces concerti. Pas de clinquant, avec toutefois parfois un peu trop d’abondance dans les ornements, un goût du rococo assumé avec panache. Dans ces pièces, son phrasé expressif fait merveille.

Si dans Le Printemps les musiciens sont particulièrement gênés par le bruit extérieur, ils savent rendre l’atmosphère oppressante de L’Été, tandis que leur Automne manque parfois de nuances. C’est dans L’Hiver que Biondi et ses instrumentistes s’avèrent les plus inspirés, faisant frissonner ces longues journées, tandis qu’au coin du feu l’on trouve refuge contre les vents glacés que font hurler les cordes.

Si ce soir le public de la Galerie des Batailles n’est guère familier des salles de concert, applaudissant à la fin de chaque mouvement, il réclame un bis pour montrer sa reconnaissance aux musiciens. Cette mise en bouche des fêtes vénitiennes sur le Grand canal aura peut être ainsi donné à certains l’envie de pousser les portes des théâtres pour découvrir le vrai plaisir de la musique.

MP