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Chroniques
L’inganno felice | L’heureux stratagème
farsa per musica de Gioachino Rossini
Rossini in Wildbad reprend sa production de 2015 de L’inganno felice, dans la mise en scène de Jochen Schönleber, par ailleurs surintendant et directeur artistique du festival allemand. Nous sommes bien dans la farsa rossinienne à la vue, pendant l’Ouverture, des mineurs qui partent chercher le charbon en franchissant une porte en fond de plateau, puis le ramènent dans des paniers, les trois figurants étant déjà épuisés avant même de commencer leur travail.
Tarabotto avait recueilli dix ans auparavant Isabella, après la tentative de noyade en mer de la jeune femme par Batone sous les ordres d’Ormondo. Isabella, que Tarabotto fait passer pour sa nièce, se remémore en avant-scène ses heureuses années, devant le portait de son ex-époux, le duc Bertrando. Une interruption de la représentation est marquée à mi-parcours – pas un entracte à proprement parler, pour cette pièce en un acte unique (farsa per musica composée sur un livret de Giuseppe Maria Foppa et créée à Venise en janvier 1812) –, puis on découvre, à la reprise du spectacle, une barque échouée en plein milieu de la scène. Cet élément servira, par exemple, de cachette à Tarabotto pour épier Ormondo et Batone et découvrir leur nouveau plan d’élimination d’Isabella, celle-ci ressemblant quand même de trop près à l’ancienne femme de Bertrando, réputée morte… mais on ne sait jamais ! Tout se finit bien quand le duc découvre, sur le fait, la tentative d’enlèvement d’Isabella, les deux amoureux pouvant à nouveau être réunis – cela tombe bien, car la deuxième femme du duc est décédée précédemment !
Les cinq protagonistes forment une distribution vocale d’un bon niveau global. En tête, Xiangjie Liu en Isabella, soprano d’une agréable couleur, bien sonore quoique plus discrète dans le registre grave, ainsi que rompue à la technique rossinienne, comme dans la cabalette de l’air Al più dolce e caro oggetto, à l’agilité rapide et aux notes piquées précises. Dans le rôle du Duca Bertrando, le ténor Paolo Mascari entre en scène dans une jeep poussée par des comparses, avec le flûtiste également en voiture pour accompagner le joli Qual tenero diletto. Dans le masque et presque pincé, son timbre séduit malheureusement peu l’oreille, de même qu’une souplesse limitée, le chanteur s’exprimant mieux dans les récitatifs.
Les voix graves sont plus en place, comme Francesco Bossi en Tarabotto, doté d’un noble grain de baryton [lire nos chroniques de L’Italiana in Algeri et de Masaniello], ainsi que le baryton-basse Eugenio Maria Degiacomi en Batone, pourvu d’une projection puissante mais à la vocalise parfois plus prudente ; il rencontre une nette baisse de régime en fin de spectacle. Le rôle d’Ormondo – le vrai méchant de l’histoire qui a contraint Batone, sous menace de mort, à éliminer Isabella – est moins développé que les deux précédents. Le baryton Carlos Reynoso n’en offre pas moins un instrument d’une couleur noire et fort autoritaire, bien en ligne avec ce personnage qui porte costume et casquette militaires.
La cheffe Claudia Patanè dirige de manière équilibrée les musiciens de la Filharmonii im. Szymanowskiego w Krakowie, depuis une Ouverture virtuose aux cordes jusqu’à des ensembles bien enlevés, dans la tradition rossinienne. À noter la fertile imagination du pianofortiste Andrés Jesús Gallucci, jouant depuis le balcon côté cour, qui esquisse brièvement plusieurs airs d’opéra pour accompagner les récitatifs, La donna è mobile n’étant pas le moins connu d’entre ceux-ci.
IF