Chroniques

hommage à André Jolivet
Michel Plasson dirige l’Orchestre de Paris

Théâtre Mogador, Paris
- 19 janvier 2005
la violoniste Isabelle Faust photographiée par Alvaro Yañez
© alvaro yañez

Tout au long de cette saison, de nombreux musiciens rendront hommage à André Jolivet dont on fête le centenaire de la naissance (8 août 1905). Ainsi l’Orchestre de Paris invite-t-il à découvrir ou redécouvrir une œuvre rare, le Concerto pour violon et orchestre. Le 27 février 1973, la même formation créait la douzième et dernière contribution du compositeur au genre concertant, sous la battue de Zdeněk Mácal qui accompagnait le Bulgare Luben Yordanoff (premier violon solo de l’Orchestre de Paris de 1967 à 1991).

Ce soir, Isabelle Faust [photo] redonne vie à une page assez délaissée, dans une nuance toujours savamment distribuée qui contraste la tendresse de certains mélismes discrets avec la rauque âpreté du corps même de la phrase. Dans L’Appassionato introductif, elle se joue des difficultés techniques sans limiter son brio à la seule virtuosité et développe un fin travail de couleur. La note filée qui achève le mouvement absorbe l’écoute qui n’en sera que plus concentrée pour la suite. La déroutante nudité de la trame orchestrale du Largo met magnifiquement en valeur le raffinement du propos soliste, imposé ici par un charisme irrésistible. Isabelle Faust touche du doigt un possible lyrisme dans lequel elle ne s’engage pas, entretenant un suspense passionnant. L’Allegramente final est moins convaincant, desservi, comme l’ensemble de l’exécution, par la lecture imprécise et effacée de Michel Plasson. Comme personne il construit un son terne à un orchestre dont on connaît les qualités. C’est dommage : tout était presque réuni pour une heureuse résurrection qui, du coup, reste à venir.

Sans conteste, Plasson est un chef louable pour la couleur, comme son interprétation de Ma mère l’Oye de Ravel ne manque pas de le rappeler. Mais la couleur suffit-elle sans l’exactitude ? Moins chatoyante, la version du Südwestrundfunk Sinfonieorchester entendue cet automne demeure plus probante [lire notre chronique du 13 novembre 2005]. Ce soir, de nombreux rubati embarrassent les contes jusqu’à suggérer une Pavane de la Belle morte ou les égarements d’un petit Poucet en chaise roulante. Si le mot célèbre de Ravel quant à l’interprétation de sa musique est à considérer avec discernement, il est indéniablement à considérer

Aussi la surprise est-elle grande lorsque après l’entracte l’Orchestre de Paris donne une Symphonie en ré mineur de Franck des grands jours. Somptueusement expressif, Plasson engage un Lento puis Allegro non troppo contrasté, avec un sens puissant du drame, et une sonorité qui puise généreusement dans l’expérience acquise (et activement actualisée lors de la saison 2004/2005) du répertoire allemand. Le chef propose un sombre Allegretto, dosant une pâte douloureuse aux cordes, chargeant le mouvement d’un pathos qu’on pourrait presque croire russe, étonnamment antagoniste avec les quelques influences wagnériennes des premier et troisième volets de la symphonie. Grand spectacle, le Finale fonctionne à merveille, impressionnant le public dont il emporte l’enthousiasme par une fougue et une superbe totalement assumées.

BB