Chroniques

par laurent bergnach

archives Printemps des arts de Monte-Carlo
Bedrossian – Durieux – Gaxie – Krawczyk – Lauba – etc.

1 CD Printemps des arts de Monte-Carlo (2017)
PRI 021
treize créations à Monte-Carlo réunies dans ce programme contemporain

Créé en 1970 sous la présidence de la Princesse Grace, le Festival International des arts de Monte-Carlo adopte son nom actuel de Printemps des arts de Monte-Carlo au début des années quatre-vingt. De nombreuses stars du chant s’y produisent, à différentes étapes de leur carrière (Bartoli, Caballé, Pavarotti, Price, Quasthoff, Raimondi, Scotto, Verret, etc.), de même que des formations prestigieuses venues de Berlin, Londres ou Los Angeles. En 2003, l’arrivée du compositeur Marc Monnet comme directeur [lire notre entretien de février 2014] donne impulsion et notoriété nouvelles à la manifestation, notamment grâce à une place inédite accordée à la musique savante actuelle. Ainsi joue-t-on Aperghis, Berio, Boulez, Crumb, Harvey, Kagel, Kurtág, Lachenmann, Lindberg, Maresz, Messiaen, Stockhausen, Tiêt, Xenakis, etc.

Parce que « l’enregistrement reste cette mémoire extraordinaire de moments musicaux exceptionnels » (pour reprendre les termes de Marc Monnet), un volume de la collection monégasque offre d’entendre treize miniatures commandées à autant de compositeurs, pour fêter les trente ans du festival *. Elles affichent une durée moyenne de trois minutes – un « tricheur » s’offre le double de temps... Solo, duo ou trio, ces pièces font entendre sept instrumentistes émérites : Nathanaël Gouin (piano), Askar Ishangaliyev (violoncelle), Franck Krawczyk (basse virtuelle), Carmen Lefrançois (saxophone), Vincent Lhermet (accordéon), Sergio Menozzi (saxophone alto) et Constance Ronzatti (violon). Les prises de son datent de décembre 2016 (CNSMD, Paris), magnifiant ce kaléidoscope d’une grande « variété homogène ».

Des quatre soli réunis, celui de Jacques Lenot (né en 1945), Ardendo, convoque un tournoiement obsessionnel du violon, plus frémissant qu’appuyé [lire notre chronique du 22 mars 2014]. Pour Scat !, référence aux onomatopées bien connues d’une forme de jazz vocal, Christian Lauba (né en 1952) souhaite que les deux mains d’un pianiste virtuose jouent les mêmes lignes mélodiques en octaves. À l’inverse, c’est un violoncelle frêle et contrarié qui résonne dans Ibaiadar (branche d’un fleuve, en basque), Ramon Lazkano (né en 1968) évoquant « une musique absente ». Le violon est de retour dans La cigarette (Mémoire de solitude), solo signé Colin Roche (né en 1974), certes « fait de fumée et de cendres », mais avec silences, souffles et crépitements [lire notre chronique du 21 mars 2014].

De Franck Krawczyk (né en 1945), Repetitio 7 fait idéalement la jonction entre soloset duos puisqu’une basse virtuelle, au vrombissement discret, accompagne un saxophone alto dont l’agitation s’apaise au fil du temps. Pour Track 01, Miroslav Srnka (né en 1975) organise un jeu d’attraction-répulsion entre violon et piano, qui bousculent leurs habitudes. Usant des mêmes instruments, Sébastien Gaxie (né en 1977) leur fait surligner l’action d’un couple de film pornographique, tandis que surnagent des bribes de la bande-son originale – une façon amusante, voire excitante, de rendre audible « l’inconscient sonore du réel ».

Le saxophone ou l’accordéon (les deux parfois) sont le point commun des six trios présents. Joyeusement rythmé, Sincère sur le mur atonal (un salut au coucou) de Gérard Pesson (né en 1958) s’avère plus organique que Loop and Epilogue, pièce abstraite et graphique de Martín Matalon (né en 1958). Dans Poursuivre, Frédéric Durieux (né en 1959) oppose un premier climat nerveux et têtu à un second plus délicat, en suspens. Réminiscences d’Offenbach et de souvenirs de la Principauté, Monaco mon amour laisse place à la nostalgie du Japonais Jummei Suzuki (né en 1970). Franck Bedrossian (né en 1971) livre Swirl, deux minutes trente où une fièvre sous-jacente finit par s’exprimer avec panique. Enfin, L’œuf de Bruno Mantovani (né en 1974) emporte l’auditeur dans un tourbillon gémissant où l’aigu domine.

LB

* il est juste de préciser que cette chronique paraît grâce à
la fidèle complicité du distributeur du label discographique Printemps des arts de Monte-Carlo,
sans aucune aide du service de presse du festival éponyme