Chroniques

par laurent bergnach

Antonio Vivaldi
Dorilla in Tempe | Dorille à Tempé

1 coffret 2 CD Naïve (2017)
OP 30560
Diego Fasolis joue Dorilla in Tempe (version 1734) d'Antonio Vivaldi

Melodramma eroico-pastorale, Dorilla in Tempe ne propose aucune intrigue tragique mais de simples péripéties amoureuses inventées par le Vénitien Antonio Maria Lucchini (c.1690-c. 1730), précieux librettiste de Farnace [lire notre critique du CD]. Nous voici dans la vallée de Tempé, en Thessalie, où nymphes et bergers célèbrent l’arrivée du printemps. Fille du roi Admeto, Dorilla est amoureuse du gardien de troupeaux Elmiro. Hélas, l’Oracle la désigne comme victime sacrificielle pour calmer la fureur du dragon Python qui ravage le royaume. En vain courtisée par Filindo, la princesse Eudemia en profite pour se rapprocher d’Elmiro tandis qu’Appolon, déguisé en pâtre, supprime le monstre qui menace celle qu’il convoite. Admeto exige alors le mariage de sa fille avec le héros. La fuite des deux amants aggrave la situation : rattrapés, Elmiro est condamné à mort et Dorilla prête à périr avec lui. Elle se jette dans le fleuve alors qu’on s’apprête à transpercer de flèches son adoré. Apollon la sauve, révèle à tous son origine divine et ordonne des noces qui rendront chacun heureux.

Dévoilée le 9 novembre 1726 au Teatro Sant’Angelo, où furent déjà joués tant de ses ouvrages [lire nos critiques des CD Orlando finto pazzo (1714), Arsilda, regina di Ponto (1716), L’incoronazione di Dario (1717)], l’œuvre réjouit l’aristocratie vénitienne revenue de villégiature. Quelques années plus tard, Vivaldi la présente au Teatro Santa Margherita (Venise, 1728), au Théâtre du comte Špork (Prague, 1732), jusqu’à sa reprise dans le lieu de création (1734).

C’est cette ultime version, la seule conservée aujourd’hui (à Turin), qui autorise le présent enregistrement. D’un compositeur fort doué pour choisir les voix (Angela Capuano, Anna Girò, Anna Maria Fabri, Lorenzo Moretti, Filippo Finazzi, Giuseppe Galetti, etc.), on repère l’habilité à glaner les pages à la mode. Comme le mentionne Vincent Borel dans la notice, Dorilla 1734 comporte huit emprunts sur vingt-et-un airs programmés : trois de l’Allemand Johann Adolph Hasse (1699-1783), l’un des maîtres de l’opera seria italien, trois de Geminiano Giacomelli (1692-1740), un septième de la main de Domenico Sarro (1679-1744) et le dernier signé Leonardo Leo (1694-1744) – preuve supplémentaire que le Prêtre roux (1678-1741) était à l’écoute des jeunes Hasse et Leo : son intérêt pour Catone in Utica, un texte de Métastase qui était loin d’être son librettiste favori [lire notre critique du CD].

Réalisé en deux étapes (mai 2014 et juillet 2017), cet enregistrement regroupe quatre mezzo-soprani sur les cinq chanteuses invitées. Le chant de Romina Basso (Dorilla) est agile et affuté, celui de Serena Malfi (Elmiro) facile, généreux et affirmé. On mesure toute sa virtuosité dans l’ultime aria de l’ouvrage, Non ha più pace il cor amante (Acte III, Scène 7). L’air le plus long, Bel piacer saria d’un core (Acte II, Scène 7), revient, quant à lui, à Marina de Liso (Nomio) dont la délicatesse fait merveille, en plus de sa clarté et de sa légèreté. La fluidité lumineuse de Lucia Cirillo (Filindo) est aussi un atout de cette distribution exemplaire à laquelle s’ajoutent Sonia Prina (Eudemia), contralto aux graves nourris, et Christian Senn (Admeto), baryton ample et sûr. Pour finir, un Coro della Radiotelevisione Svizzera chaleureux et Diego Fasolis tonique face à I Barrochisti rendent ce cinquante-cinquième volume de l’Édition Vivaldi fort recommandable.

LB