Chroniques

par laurent bergnach

Taki no shiraito | Le fil blanc de la cascade
film de Kenji Mizoguchi – musique de Misato Mochizuki

Agora / Auditorium du Louvre, Paris
- 15 juin 2007
Le fil blanc de la cascade, ciné-concert Mizoguchi – Mochizuki
© national film center, tokyo

Entre une pièce de Stockhausen réservée aux seuls critiques de danse et un opéra de Harvey amputé de la mise en scène de Pierre Audi (présentée à Luxembourg et Amsterdam), ce Fil blanc de la cascade (Taki no Shiraito) apparaît comme le principal événement multimédia d’une édition Agora décevante à plus d’un titre.

Réalisé en 1933 à partir d’un roman de Kyoka Izumi, ce film en noir et blanc est l’un des rares exemples de la période muette de Kenji Mizoguchi (1898-1956) à nous être parvenu presque complet. Révélant un intérêt pour les conflits moraux et sociaux, le drame se noue autour de Takino Hiraito, une artiste de cirque célèbre pour son numéro de féerie aquatique, tombée amoureuse du jeune Kinya, issu d’une famille de samouraï mais que la pauvreté conduit à devenir cocher. D’emblée, un combat de singes dressés annonce la place que prendra l’argent dans le scénario, de l’aide financière apportée à Kinya pour qu’il finisse ses études de droit au guet-apens tendu à Shiraito pour lui voler ses économies – et la conduire au meurtre. Marqué par le destin de sa sœur vendue adolescente dans une maison de geishas, Mizoguchi dénoncera souvent les abus du patriarcat.

Confrontation entre modernité et tradition s’affiche aussi dans l’instrumentarium hybride convoqué par Misato Mochizuki [lire notre entretien] : sans se regrouper selon leur origine ethnique, on trouve d’un côté violon, harpe et percussions, de l’autre shakuhachi, shamisen et koto – souvent, l’auditeur demeure troublé par les échos naturels ou organisés de ce dernier avec la harpe. Assis au sol ou en tailleur sur un tabouret bas, les musiciens de l’ensemble Contrechamps semblent des valets de théâtre, recueillis et concentrés, qui jouent parfois en tutti (quelques mouvements de foule trépidants) mais le plus souvent en duo ou seuls. On remarque un ostinato de caisse qui vient tendre des actions-clés (la course du coche, les prémisses du meurtre), un violon accompagnant le bonheur des différents couples, etc.

Jurjen Hempel interrompant régulièrement sa battue, signalons enfin la place laissée au silence dans une partition mezza-voce qui ne souhaite pas perturber le spectateur. De fait, c’est une vraie musique de film que l’on entend ce soir, qui s’intègre au climat de la narration et en transcende l’émotion. En d’autres termes, on n’imagine pas l’œuvre de la compositrice jouée seule, et c’est par là précisément qu’elle fait mouche.

LB