Chroniques

par bertrand bolognesi

les deux concerti de Chopin par Bruce Liu
Lawrence Foster et l’Orchestre Philharmonique de Marseille

Festival International de Piano / Parc du Château de Florans, La Roque d’Anthéron
- 30 juillet 2023
Les concerti de Chopin par Bruce Liu et Lawrence Foster
© valentine chauvin

Ouvert il y a dix jours par Lionel Bringuier au pupitre de l’Orchestre de Chambre de Paris, avec Bertrand Chamayou en soliste, le Festival International de Piano de La Roque d'Anthéron annonce encore de beaux jours devant lui, comme en témoigne sa quarante-troisième édition. Alternant rendez-vous intimes et grands raouts, selon sa formule habituelle, l’événement s’est illustré, toute cette semaine, à travers six récitals et trois moments chambristes, parmi lesquels il faut compter sept programmes baroques, ainsi que par quatre soirées de concert, dont trois furent consacrées à l’intégrale des concerti de Beethoven (par Anne Queffélec, David Kadouch et François-Frédéric Guy). En ce dimanche soir, celui de notre arrivée en Provence, nous retrouvons l’Orchestre Philharmonique de Marseille et celui qui fut longtemps son complice, maestro Lawrence Foster. Avec eux, le jeune Bruce Liu fait honneur aux deux concerti de Chopin.

Pour commencer, les violoncelles de la formation phocéenne convoquent une tendresse lyrique dans les premiers pas de l’Ouverture de Guillaume Tell. À se rappeler le goût du compositeur franco-polonais pour le bel canto de son temps, on ne peut qu’approuver un tel choix, surtout sous une baguette aguerrie à l’opéra et qui semble ici s’ingénier à faire retentir une italianità bienvenue sous la conque du lac. On apprécie l’ensemble des cordes et, plus encore, le premier violoncelle solo et le cor anglais. Le dernier climat de cette page, ô combien célèbre, prête un air festif à la tombée du jour.

Au soliste d’origine chinoise d’alors gagner la scène où l’attend un grand Fazioli dont la sonorité à la fois claire et ronde sera son excellent complice. De fait, l’entrée de sa partie du Concerto en fa mineur Op.21 n°2 se fait tout en souplesse, dans la tension requise mais sans rien de péremptoire. C’est une interprétation à taille humaine, pourrait-on dire, qui se déploie aujourd’hui, dont on apprécie l’articulation finement ciselée et la respiration parfaitement lyrique qui autorise la souplesse dans la vocalité essentielle, ici fort agile, du Maestoso. La sobriété de l’approche de Liu favorise une fluidité évidente et une intimité touchante. Le Larghetto médian affirme plus encore l’intériorité de la préhension, toujours d’un grand souffle, pourtant, et chantant comme par hasard, sans cette sorte d’orgueil qui fait la gloire présumée de certains champions du répertoire romantique. Rien de cela, non plus, dans l’Allegro vivace très délicat qu’aucune tentation héroïque n’ose polluer. Cultivant une tendresse à fleur de peau, le soliste fait adroitement osciller son jeu entre danse et chant, dans une aura ornementale dont il magnifie la virtuosité par un travail précis de la nuance. Ainsi se conclut avec bonheur la première partie du concert.

Avec une sévérité qui surprend, Lawrence Foster engage le Concerto en mi mineur Op.11 n°1 comme l’on annonce une tragédie italienne d’opéra, bientôt colorée d’une demi-teinte française plus étonnante encore. Dans ce beau paysage émotionnel, Bruce Liu tombe du ciel avec plus de muscle que jamais, densifiant son jeu, quitte à parfois le rendre plus nerveux que tonique. À la joliesse de la Romance succèdent les prouesses du Rondo, affirmant la maîtrise de l’artiste. Le public est enchanté, et pour l’en remercier, Bruce Liu offre le Prélude en si mineur de Bach-Siloti dans une profondeur caressante, puis encore la virevoltante Valse Op.64 n°1 de Chopin. On quitte le parc avec le Larghetto de l’Opus 21 en tête.

BB