Chroniques

par laurent bergnach

Der fliegende Holländer | Le vaisseau fantôme
opéra de Richard Wagner

Opéra de Dijon / Auditorium
- 20 mars 2007
Éric Perez met en scène Le vaisseau fantôme (Wagner) à l'Opéra de Dijon
© florian burger

Créé le 2 janvier 1843, moins de trois mois après Rienzi, Der fliegende Holländer marque pour Wagner le passage de l'opéra au drame lyrique, avec la volonté de proposer « quelque chose de nouveau » plutôt que de remanier son ouvrage précédent, jugé démodé, sinon raté, malgré l'accueil chaleureux des Dresdois. Cette histoire du capitaine hollandais, véritable Juif errant des mers condamné à naviguer sans fin pour avoir défié Satan, le compositeur l'a en tête depuis un moment, grâce à sa lecture d’Heinrich Heine (un épisode des Mémoires de Monsieur von Schnabelewopski, 1834). Mais c'est parce qu'en 1839 il fuit les créanciers de Riga avec une femme qu'il n'aime plus, qu'il ne peut prendre la diligence avec son chien et qu'il est contraint à des voyages maritimes que Wagner aborde la rédaction du livret sitôt arrivé à Paris. De la Ballade de Senta va découler toute une partition truffée des fameux Leitmotivdont le retour scande le déroulement de l'action. Ils seront ici assurés par l'Orchestre du Duo Dijon, brillamment dirigé par Claude Schnitzler.

Comédien, chanteur, assistant d'Olivier Desbordes avant d'aborder sa première mise en scène d'opéra (The turn of the screw, 2003), Éric Perez place le drame romantique devant « un horizon occulté, sans issue ». Non loin derrière une avant-scène en lattes de bois, une immense toile sombre palpite au gré du vent, sur laquelle se détache bientôt la voile rouge et stylisée d'un Maudit que même les pirates redoutent. Un fauteuil et une jetée fuyant vers le haut de scène leur succèdent pour l'acte suivant, plus un ensemble de colonnades et de statues assez dispensables. Si l'on excepte quelques soucis de direction concernant le Hollandais à la gestuelle parfois grandiloquente, ou un chœur plutôt conventionnel (marins statiques,« filles-lierre » peu caractérisées), cette nouvelle production est convaincante.

Plénitude de la voix, phrasé impeccable, prestance du maintien permettent à Nicolas Cavallier d'incarner sans faiblesse le marin en perdition, en particulier dans des duos expressifs avec la Senta de Cécile Perrin, laquelle possède une belle pâte vocale, un timbre rond, velouté et sombre, malgré des aigus conquis dans la tension.

À leurs côté, l'Erik de Louis Gentile fait piètre figure : outre un air empoté et une ridicule veste de feuilles vertes (indiquant, comme le livret, qu'il s'agit d'un chasseur) qui ne l'avantagent pas, la voix paraît rauque et peu stable – dommage, car le souci de nuance est perceptible. Abandonnant son habit de médium [lire notre chronique du 6 février 2007] pour celui de Mary, Béatrice Burley conserve son charisme et sa sonorité. La puissance ne manque pas non plus à Josep Fadó, mais le Barcelonais peine visiblement avec la diction allemande. Sans être le plus tonitruant de la distribution, Youri Kissin offre son timbre granuleux et sa souplesse à un Daland efficace. Enfin, saluons un Chœur (notamment masculin) qui allie vaillance et précision.

LB