"les
aventures du roi pausole" opérette de arthur honegger
Opéra-Théâtre de Besançon 8 février
2004 |
Le hasard fait parfois bien les choses. Alors que Les Aventures du Roi Pausole,
opérette célèbre entre toutes dans les années 1930,
n'avait pas été donnée en France depuis plus de vingt ans,
deux nouvelles productions y voient le jour presque simultanément, l'une
à l'Opéra Comique de Paris, l'autre à l'Opéra Théâtre
de Besançon. Très portée sur la chose, l'opérette
d'Arthur Honegger mêle grivoiseries en tous genre, quiproquos et
imbro-glios, le tout dans un spectacle de presque trois heures. Force est
de constater que la production bisontine de Vincent Vittoz donne une
dimension plus subtile à l'ouvrage que celle de Mireille Laroche à
la salle Favart. A Paris, tous les ingrédients de la farce sont réunis,
avec force gags et une brochette de comédiens truculents, bien meilleurs
acteurs que chanteurs. A l'Opéra-Théâtre de Besançon,
l'oeuvre est envisa-gée au second degré, avec des dialogues plus
nuancés, plus subtils, au risque, au premier acte notamment, de perdre
en spontanéité. Mais là où Mireille Laroche en rajoute
souvent, Vincent Vittoz, par ailleurs sur scène en Taxis délicieusement
nasillard et lubrique, ne force jamais le trait. Ainsi, les sous-entendus ne sont
que sous-entendus, et des plages nostalgiques succèdent aux nombreuses
plages comiques. Vittoz pointe l'impuissance, dans tous les sens du terme, du
roi Pausole, ici tellement humain qu'il en devient faible et pathétique,
alors qu'il est souvent peint comme un bon vivant autoritaire et retors. Le personnage,
plus complexe, moins unique-ment drôle, prend un tout autre relief. Le metteur
en scène refuse le vulgaire et le scabreux dans lesquels peut facilement
tomber un livret pris au premier degré. La production bisontine est beaucoup
moins faubourienne que celle de l'Opéra comique, même si l'on y retrouve
certaines similitudes - comme un décor modulable muni d'escaliers astucieux,
des portes fenêtres un peu partout - et la même veine comique. Si
au niveau scénique, les deux productions sont tout à fait acceptables,
la production franco-suisse est en tous points supérieure au niveau musical,
grâce notamment à une excellente distribution : très jolie
Aline de la jeune Anna Leschenko, au timbre lumineux et à la facilité
d'émission façon Dessay, infiniment supérieure à la
très décevante Cassandre Berthon à Paris ; Giglio malicieux
et belcantiste de Sébastien Droy, au timbre jeune et rond, à
l'émission parfaitement homogène et à la belle présence
scénique ; Roi Pausole humain et touchant de Pierre Villa-Loumagne
; amusante Diane Walkyrie de Myriam Boucris ; superbe ensemble des
six Reines, mutines et très en voix. Déception en revanche devant
le Métayer trop aristo-cratique et à la voix avalée du tout
jeune Guillaume Crausaz. L'Orchestre de Chambre de Genève,
aux couleurs idoines, est dirigé avec panache, mais aussi avec tendresse
et subtilité, par Laurent Gendre. Et - comble de bonheur ! -
priorité absolue est donnée à la clarté du texte,
parfaitement intelligible chez tous les protagonistes, qu'ils parlent ou chantent,
ce qui est fort rare de nos jours. Qui a dit que la subtilité
était toujours l'apanage de la capitale ?
Yannick
Millon |