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© elisabeth carecchio
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"l'amour
des trois oranges" opéra de sergeï prokofiev
Festival d'Aix-en-Provence Grand Saint-Jean 5 juillet 2004 |
Lundi 5 juillet, ouverture du Festival d'art Lyrique d'Aix-en-Provence
sans encombre cette année, avec son cortège habituel
de VIPs, de célé- brités, de ministres (au
moins celui de tutelle) et de ce que le pays peut compter de directeurs
d'opéra ! Si bien, que le rideau se lève sans même
un mot au public sur la condition des intermittents du spectacle
dont la situation toujours problématique n'a pas été
(loin s'en faut) réglée par ce ministre dont les propositions
s'apparentent plus à des cataplasmes sur des jambes de bois
qu'à une réflexion sur les politiques culturelles
et
leur financement.
Enfin, place à la musique, car c'est un jubilatoire Amour
des trois Oranges [production présentée en version
russe, ndlr] qui nous attendait. A trente ans, Philippe Calvario
signe sa première incursion dans le théâtre
lyrique. Son univers aux carrefours de Disney-world, de la gaypride,
du cirque et de la Commedia dell'Arte sied admira-blement à
l'opéra de Prokofiev. Sans grossir le trait, sans
caricature outran-cière, foisonnant d'idées, il impose
un rythme soutenu et vif, s'appuyant pour beaucoup sur les décors
mobi-
les de Jean Marc Sthehlé. Assez déjanté
- mais toujours juste avec ses personnages -, le spectacle fonctionne
à merveille et on s'amuse beaucoup.
Sur le plateau, la distribution est russe et jeune ! Très
homogènes
à part un Leandro - Eduardo Tsanga - et un Prince
- Andrei Ilyushnikov -
un peu en deçà de leurs partenaires, les rôles
féminins sont particulière-ment bien fournis - Princesse
Clarissa : Nadezhda Serdiuk ; Fata Morgana : Ekaterina
Shimanovitch - avec trois oranges/princesses apparentées
à Cendrillon, Blanche Neige et Alice aussi merveilleuses
vocalement que physiquement - Linetta : Sophie Tellier,
Nicoletta : Natalia Evstafieva, Ninetta : Julia Smorodina.
Tous semblent s'amuser et prendre beaucoup de plaisir dans cette
production, à commencer par le désopilant Truffal-
dino de Kirill Dushechkin en drag queen et le magicien Tchelio
en sage des arts martiaux campé par Pavel Schmulevich.
Le jeune Tugan Sokhiev dirige le Malher Chamber Orchestra
avec une simplicité et un évidence surprenantes !
Magnifiquement en place, la formation sonne clair, particulièrement
à l'écoute des chanteurs et des rebondissements incessants
du spectacle.
Visiblement tous les maîtres d'uvre de ces pétillantes
Trois Oranges
se sont sentis en phase et très à l'aise, le résultat
réussi est de bonne augure en ouverture du festival. Dépêchez-vous,
il reste des places disponibles (à moitié prix le
jour même), accessibles sur le site
internet (www.festival-aix.com).
Loïc Lachenal
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