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"l'affaire makropoulos", opéra de Leoš Janácek

Opéra de Massy
18 avril 2008

Huitième et avant-dernier opéra de Leoš Janácek - composé sur deux années (du 11 novembre 1923 au 12 novembre 1925) -, Vec Makropoulous fait suite à la création de la pièce éponyme de Karel Capek à Prague, en novembre 1922. Profondément impressionné, le musicien confie son envie d'une adaptation lyrique à un auteur favorable mais réservé : "J'ai une trop haute opinion de la musique - et de la vôtre en particulier - pour l'imaginer liée à un style aussi familier, aussi peu poétique et aussi verbeux que mon Affaire Makropoulos. Je crains que vous ne songiez à tout autre chose, quelque chose de mieux, que ce que ma pièce offre vraiment - à part son personnage de trois cents ans… ". C'est effectivement l'héroïne pittoresque de cette histoire fantastique qui intéresse Janacek, dominant un livret écrit de sa main, où la dimension philosophique du sujet est écartée au profit d'une peinture du genre humain, avec ses faiblesses, ses rêves et ses vanités - une femme malheureuse qui envie le sens et la valeur que
chaque mortel, autour d'elle, peut donner à la vie.

De l'œuvre créée à Brno le 18 décembre 1926, Dmitri Bertman livre une vision superficielle à l'esthétique surannée, décevante comme le fut celle d'un autre destin de femme, l'an passé [lire notre chronique du 15 mars 2007]. Dessinant des arbres tordus ou des concrétions caverneuses dans la pénombre, le décor unique révèle ensuite une muraille de papier où apparaissent des silhouettes évidées. C'est joli mais surchargé, d'autant que des spectres blafards s'animent à l'arrière, au premier étage - bientôt rejoints par le jeune Janek. Les feuilles de papier recouvrent également le sol, que l'on ramasse pour s'occuper ou dans lesquelles on se prend les pieds. Le jeu frôle souvent l'outrance : Gregor ébauche un strip-tease de séduction, Janek semble un idiot de village, le machiniste se roule (littéra-lement) dans le stupre avec la femme de ménage ; mais le pire est cette Emilia Marty sans charisme et sans mystère, maniérée et minaudant
telle Arielle Dombasle sur un plateau de télévision.

Créatrice du rôle-titre en Russie (2003), Natalia Zagorinskaïa offre
un chant efficace mais assez raide et sans nuances. Nikolaï Dorojkine (Gregor) déçoit plus encore : facilement couvert, parfois lointain, il n'est
pas toujours juste. Heureusement, d'autres artistes sauvent la soirée :
les ténors Andreï Palamarchouk (Vitek vaillant), Ilya Ilin (Janek au timbre idéalement juvénile) et Mikhaïl Serychiev (Hauk-Sendorf coloré et ex-
pressif, déjà remarqué sur cette même scène [lire notre chronique du 7 décembre 2004] ; les basses Alexeï Thikomirov (Kolenaty onctueux) et Dmitri Ovchinnikov (machiniste amplement sonore) ; le baryton Sergeï Yakovlev (Prus plein de prestance, à la voix saine, au chant droit et bien projeté) ainsi que Marina Kalinina (Kristina attachante, d'une émission souple et aisée). En fosse, Dominique Rouits et l'Orchestre de l'Opéra
de Massy
peinent à se débarrasser d'un son souvent rêche, grevé par
des cuivres assez frustres.

Laurent Bergnach