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max emanuel cencic (sesto)
© marc vanappelghem /opéra de lausanne
"giulio
cesare in egitto"
opéra de Georg Friedrich Händel
Opéra de Lausanne
Saison Hors les Murs
Salle Métropole, 18 avril 2008
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Pour avoir écrit à plusieurs reprises la difficulté
de mettre en scène les opéras de Händel,
constatée par de nombreuses mauvaises rencontres
qui n'incriminent cependant pas les auteurs des diverses productions
concernées, l'on saluera d'autant plus la réussite
de ce Giulio Cesare
in Egitto par Emilio Sagi. Toujours proche du texte,
voilà un travail qui n'a jamais à rebondir de trouvailles
en effets pour retenir l'attention du spec-tateur ; nimbant le regard
dans une Egypte discrètement évoquée par une
esthétique qui distingue strictement Rome de l'Orient, l'on
ne croisera ici nulle revendication d'une authenticité prétendument
baroque, sans pour autant que le spectacle s'ingénie à
d'acrobatiques actualisations. L'équi-
libre qu'il maintient entre nos facultés modernes
de perception, les non moins modernes capacités de
jeu des acteurs et les contingences de l'ouvrage est alors magnifié
par une manipulation élégante des symboles. De fait,
si le grand Pompée n'y perd la tête que de sa statue,
sans repré- sentation plus choséique, l'image
en devient plus signifiante encore.
De même son fils extraira-t-il du marbre une longue soie rouge
dont il se drapera, se baignant dans le sang qu'il lui faut venger,
tant pour être digne de sa naissance que pour affirmer sa
jeune virilité face à une mère violem-ment
convoitée par deux ennemis qui, à ce titre, vus d'un
il romain, ne sauraient être tout à fait humains
; le geste de relever le voile du deuil s'inscrit naturellement
dans ce préalable. Une sensualité exotique traver-
se, comme il se doit, les trois actes de Haym : lumières
d' Eduardo Bravo réalisées par Alfonso Bravo
soulignant des nacres où miroitent des ocres à soupçons
rosés, suivantes aux atours sophistiqués qu'une main
amou-reuse ne saurait aborder qu'en un rituel mystérieux,
givre sableux de torses à la masculinité offerte,
blancheur ombrée des plis en corolles de jupes livrant les
jambes des unes et des autres à des transparences promet-teuses,
les atours imaginés par Jesús Ruiz Moreno (qui
signe également le décor) charment le public et détournent
peu à peu César d'une possible attirance pour Cornelia,
la belle veuve. Sans poser véritablement la ques-tion, l'omni-présente
séduction de l'étrange de l'étrangère
suggère, avec la grâce d'une fragrance légère,
cette vue possible de l'ardeur du conquérant.
En termes de distribution, les conventions d'un autre âge
ne satisfont
pas toujours aisément l'appréhension d'aujourd'hui,
si ce n'est, le plus souvent, à flatter un auditoire prétendument
cultivé. Aussi se réjouira-t-on, en toute simplicité,
de ce que les rôles soient ici précisément identifiés
sexuellement. Si l'on ne s'en étonnera guère pour
Giulio Cesare, la chose était moins aisée en ce qui
concerne Sesto, confié dès la création à
une femme et dont l'écriture laisse difficilement présager
qu'un sopraniste s'en accommode - nous y reviendrons. Bref, on se
réjouit de choix qui rendent simplement naturelles
les présences (avec tout ce qu'un tel mot peut encourir de
réserves en matière de théâtre).
D'un timbre clair au service d'un chant toujours précis
sans affectation, Yannis François donne un ferme Curio
dont la présence attachante répond idéalement
au Nireno sympathique de Florian-Cezar Ouatu. On retrouve
l'Achilla de Riccardo Novaro (entendu l'an dernier à
Nancy), bénéficiant d'une généreuse
pâte vocale et d'une confortable égalité de
l'émission
sur l'ensemble de la tessiture. Habitué du rôle de
Tolomeo (Glyndebourne, Marseille), Christophe Dumaux nous
en livre une incarnation nerveuse et toute en démonstration,
tant dans le chant que dans le jeu ; certes, le personnage commence
par impressionner, mais sans grande portée,
au fond. Musicalement, l'uniformité nous laisse sur notre
faim. Charlotte Hellekant donne une Cornelia émouvante,
amplement phrasée, parfois
un rien instable, cependant. La Cleopatra d' Elena de la Merced
s'avère luxueusement projetée dans les récitatifs,
fort souple dans les airs ; ce chant soigné gagnera à
prendre le risque de la nuance au dernier acte, avec le tant attendu
Piangerò la mia sorte, pleinement musical. Après
un début malaisé, Andreas Scholl impose un
Cesare crédible, malgré un grave peu solide. On goûte
une nouvelle fois, dans cette partie qu'il a beaucoup chantée,
ces attaques moelleuses dont il a le secret, la perti-nence d'un
baryton poitriné dans la colère du 1er acte (procédé
dont il n'abuse pas), la grâce indéniable de la ligne
de chant et l'art de la nuance, tout en regrettant qu'à ces
belles qualités ne répondent pas un charisme dramatique
plus évident.
Enfin, le Sesto de Max Emanuel Cencic laisse pantois ! Vaillant,
sûr, expressif et sensible, voilà une incarnation surprenante
et enthousias-mante. La conduite de la voix est remarquable, la
gestion de la nuance
d'un raffinement indicible et toujours au service de la dramaturgie,
tandis qu'une musicalité allant de soi domine chaque phrase,
dessine discrè- tement les modulations, habite l'ornementation.
Si la maîtrise est extrême, l'artiste n'en use que dans
le cadre du personnage auquel il imprime une présence scénique
fascinante d'humanité et d'émotion.
En fosse, la rencontre des musiciens de l'Orchestre de Chambre
de Lausanne et de leurs instruments modernes avec un chef qui,
habituelle-ment, travaille avec des répliques d'instruments
anciens, démontre qu'une utilisation éclairée
desdits instruments peut mener à une interprétation
respectueuse et ingénieuse d'une partition baroque. Ottavio
Dantone conduit un Giulio Cesare jamais heurté,
se gardant d'accuser trop les contrastes, dont il cisèle
la dynamique délicate avec une élégance toute
de souplesse.
Bertrand Bolognesi
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