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"Die Zauberflöte"
opéra de Wolfgang Amadeus Mozart
Opéra Théâtre d'Avignon &
des Pays de Vaucluse
5 janvier 2007
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Le film de Kenneth Branagh, en transposant Die Zauberflöte
durant
la 1ère Guerre mondiale, relançait récemment
la question du réalisme
dans la mise en scène. Il n'est pas sûr qu'une uvre
telle que La Flûte y soit propice -le succès
mitigé du film semble le confirmer. Véritable conte
de fée, l'allégorie du dernier opéra de Mozart
(bien contre mal, sagesse
et connaissance contre superstition et obscurantisme) est, du fait
de son manichéisme, suffisamment simple, explicite et universelle
pour se pas-
ser de tout réalisme. À force d'être détourné
de ce qu'il est - féerie, fable -, l'opéra devient
maladroitement appuyé et perd incontestablement de sa force
poétique. À l'inverse, privé de sa symbolique
maçonnique, compo-sante essentielle d'une uvre écrite
par un musicien au faîte de sa
maturité intellectuelle, il perd de son rayonnement spirituel.
Ce n'est certainement pas le cas de la production donnée
à Avignon
dans la mise en scène de Robert Fortune. Cet habitué
du merveilleux (Hänsel und Gretel de Humperdink, Cendrillon
de Massenet, etc.) reven-dique n'avoir pas choisi entre le conte
de fées et l'oratorio maçonnique.
La réussite de sa mise en scène ne peut que lui donner
raison. Aucun réalisme, donc : Monostatos n'est pas noir,
son visage est peint en noir,
à mi-chemin entre le masque de clown et le masque africain,
le lit de Pamina est forcément à baldaquin, comme
dans les rêves des petites filles, l'arbre auquel veut se
pendre Papageno est peint, déployant son ramage stylisé
à la façon d'ombres chinoises. La dimension féerique
est soutenue par les costumes originaux et colorés de Françoise
Chevalier
qui mélangent les styles et les influences (culottes
bouffantes et turbans des trois Dames évoquant l'univers
de L'Enlèvement au sérail, chapkas
des trois Enfants, animaux à la Bob Wilson), ainsi que par
les lumières
très habitées de Jean-Michel Bauer. Quant aux
références maçonniques, elles éclatent
au deuxième acte, rendant l'initiation de Tamino particulière-ment
impressionnante. Après la marche solennelle des prêtres,
le jeune homme, cerné par des panneaux noirs, se retrouve
face à un crâne hu-
main et une bougie. On ne peut évoquer plus clairement le
cabinet de réflexion dans lequel est plongé tout profane
au seuil de son initiation maçonnique.
Intelligente, aboutie, cette réalisation aurait gagné
à réunir une distribu-
tion plus homogène. Gilles Ragon se révèle
décevant en Tamino, notam-ment dans le premier acte où
il chante trop en force et avec une fâcheuse tendance à
nasaliser. Thomas Dolié apporte sa jeunesse et sa
fraîcheur
à Papageno, mais le timbre assez banal manque de vaillance
et le jeu est trop répétitif. Anna Skibinsky
est une Reine de la nuit qui semble atteinte
de léthargie, aussi bien scéniquement que vocalement
: les contre-fa du 2ème air sont faux et les doubles croches
précédant les contre-ut systé- matiquement
savonnées. La jeune Karen Vourc'h, qui interprète
Pamina, possède un matériau vocal superbe qui laisse
cependant apparaître quel-ques défauts (attaques peu
franches, trop grande ouverture de la bouche provoquant une dispersion
du son). Rien à redire en revanche de Wojtek Smilek,
bouleversant et subtil Sarastro tout en musicalité, sobriété
et noblesse.
Le jeune chef Tomas Netopil - il n'a que trente-et-un ans
- dirige la partition avec fougue et l'éclaire de sa présence
lumineuse. On aurait aimé que la palette sonore de l'Orchestre
Lyrique de Région Avignon-Provence soit plus chaude et
colorée, mais l'ensemble est d'un bon niveau.
On ne saurait conclure sans évoquer les traits d'humour
de cette pro-duction : la bouteille de Châteauneuf du pape
- Avignon oblige - brandie
par Papageno, les feuilles d'arbre roses et vertes qui s'allument
une à une, découvrant en leur centre le portrait d'enfants...
les futurs petits Papagno et Papagena ! Et puis, la surprise ultime
: à la fin, les saluts sont interrompus par Pamina qui s'avance
seule sur scène. D'un doigt pointé vers le rideau
baissé au tiers, elle réclame l'attention du public.
Un silence intrigué s'installe. La jeune femme montre alors
la maisonnette installée depuis
le début devant la fosse. Elle en soulève le toit
: apparaît une figurine de Mozart. La poupée mécanique
s'anime, s'abaisse pour saluer. Les rires fusent, les applaudissements
redoublent, laissant le spectateur enchanté.
Isabelle Stibbe
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