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© christian leiber / opéra national
de paris
"Madama Butterfly", opéra de Giacomo
Puccini
Opéra Bastille, Paris
31 janvier 2009
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1993-2009 : voilà quinze ans que la production de Madame
Butterfly
mise en scène par Robert Wilson fit son entrée
à l'Opéra Bastille. Si, à
sa création, l'épure wilsonienne, à l'opposé
des japonaiseries habituelles, avait pu surprendre, elle est à
ce point devenue un classique que toute représentation de
kimonos colorés, cerisiers en fleurs ou chignons bour-
souflés traversés de baguettes risquerait bien désormais
de passer pour kitsch ou ringarde. Le Japon de Wilson serait un
jardin, il ne serait pas de ceux extravagants gorgés de fruits,
de fleurs et de couleurs, mais un jardin zen distillant ses lignes
tranchantes, sa lenteur méditative, son esthétisme
minimaliste. Tout se retrouve ici, enrichi de costumes graphiques
noirs
ou blancs, de matériaux bruts, de gestes hiératiques.
Ajoutez à cela,
sur grand écran de fond de scène, des lumières
céruléennes envahies subitement d'un rouge flamboyant
: on n'est pas loin de la perfection formelle.
Certes, les esprits chagrins pourront rétorquer que Wilson
fait toujours
la même chose ou qu'on pourrait faire mieux avec les moyens
techniques d'aujourd'hui. Il n'en reste pas moins qu'appliqué
à Madame Butterfly, son univers autoréférentiel
épouse parfaitement l'uvre de Puccini, peut-être
parce qu'il sait tisser un lien entre le plus japonais des opéras
italiens
et le théâtre kabuki.
On hésite beaucoup plus à applaudir la direction
de l'Estonien Vello Pähn. Peut-être bridée
par le minimalisme de la mise en scène, sa conduite paraît
molle, sans tensions, presque neutre. Elle tranche d'autant plus
avec des passages lyriques qu'il enrobe comme du sirop pour grandes
scènes pathétiques de cinéma. Les coloris de
l'Orchestre de l'Opéra national de Paris sont pourtant
subtils et presque straussiens.
Dans le rôle-titre, Cheryl Barker propose une Cio-Cio
San beaucoup plus mûre que ne laisseraient supposer les quinze
ans du rôle. Il s'agit d'une vision plausible (la jeune fille
n'est-elle pas censée avoir été geisha à
la mort de ses parents ?) qui rend le rôle plus intéressant
que la victime gnangnan souvent représentée.
Sa voix solide aux graves faciles n'a certes rien de mièvre.
A ses côtés Cornelia Oncioiu joue une Susuki
économe de ses moyens et de très bonne tenue. Le Pinkerton
de Massimiliano Pisapia convainc moins, à la fois
scéniquement (son manque de charisme rend difficile à
croire la passion de Cio-Cio San) et vocalement (son beau phra-
sé ne réussit pas à cacher un placement de
la voix hétérogène). Goro
- Andreas Jäggi - et Sharpless - Mickael Druiett
- jouent leurs parties
de façon honorable mais sans grand relief. Au total, une
distribution respectable qui ne restera cependant pas dans les annales
de
l'histoire de l'opéra, en dépit d'une scène
finale bouleversante.
Isabelle Stibbe
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