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© gtg / nicolas lieber
"boris godounov" opéra
de modeste moussorgski Grand Théâtre, Genève
27 septembre 2003 |
Il ne sera jamais assez débattu de la partition originale de Boris
Godounov. Aussi mystérieuse et épique que la naissance d'un
Delacroix, sa création en 1874 fait paraître une partition qui déjà
est une seconde version (remaniée sur demande du Comité de lecture),
puis Rimski-Korsakov corrigera les maladresses de cette version
Aujourd'hui,
c'est la mouture initiale de 1869 (avant censure) qui est présen-tée
en ouverture de saison du Grand Théâtre de Genève.
Celle-ci a pour avantage dramaturgique de centrer le récit sur le personnage
principal, l'ascension, le couronnement, le doute et la mort de Boris
bien
que nous privant du bel Acte Polonais où se joue le complot qui
développe consi-dérablement l'importance de l'imposteur Grigori
et offre le rôle merveilleux de Marina
La hiérarchie
et les caractères des rôles ont vraisemblablement échappé
au metteur en scène Pierre Strosser. Certes, nous pouvons régulièrement
douter de la crédibilité dramaturgique de certains livrets, mais
lorsqu'ils nous viennent plus ou moins directement de Pouchkine, ici, ou de Maeterlink,
pour ne citer que Pelléas et Mélisande, par exemple, leur
présentation nécessite une vraie vision sinon une digestion de l'intrigue
et de sa portée dramatique. Il enferme son Boris dans un décor
unique, sorte de tribunal années vingt ou d'amphithéâtre de
faculté, sombrant régu-lièrement dans un certain folklorisme
(tableau de la taverne), le tout nimbé d'une atmosphère froide et
assez fade. La seule piste qu'il semble explorer est la relation Boris/Chouïski
(prince dont la loyauté envers le tsar se discute). Justement, Chouïsky
sur scène est... Pierre Strosser lui-même ! Tenant le rôle
muet tandis que Stuart Kale sur le proscénium remplaçait
admirablement Graham Clark souffrant. La distribution rassemblée pour cette
production ne souffre que peu de faille. Julian Konstantinov offre un Boris
tourmenté d'une musicalité hors pair, très émouvant
dans sa scène finale, tout comme Alexander Anisimov en vieux
moine Pimène plus sombre encore dans le registre de basse, d'une merveilleuse
sagesse. Bernhard Kontarsky dont nous pouvions attendre plus de netteté
et de précision (quelques décalages malheureux entre la scène
et la fosse) ne manque cependant pas de dynamisme, faisant ressurgir toute la
férocité et la rudesse de cette partition, parfois un peu trop
fort, mais toujours avec un certain sens du drame. L'Orchestre de la Suisse
Romande le suit sans jamais défaillir, dans une belle cohésion,
tous pupitres à l'honneur. Heureux également, le principal
personnage de l'uvre, le peuple russe, est formidablement servi par le Chur
du Grand Théâtre de Genève, renforcé pour l'occasion
par le Chur Orpheus de Sofia. Loïc Lachenal |