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"La Bohème",
opéra de Giacomo Puccini
Chorégies d'Orange
Théâtre Antique, Orange
2 août 2005
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Retransmise en léger différé à la télévision
ce soir-là, les Chorégies offraient une représentation
de La Bohème de Puccini avec, dans les
rôles principaux, le couple star du lyrique : Roberto Alagna
dans le rôle
de Rodolfo, ainsi qu' Angela Gheorghiu dans celui de Mimi.
Les dix mille personnes qui ont bravé le froid sont toutes
venues ou
presque pour eux, Alagna et Gheorghiu, un très beau ténor,
une sublime soprano, en couple à la vie comme à la
scène
Passé ce détail glamour,
nous pouvons dire que vocalement, c'est parfait : un son étincelant,
chaud, un très bel enregistrement. Mais - est-ce dû
au fait qu'ils étaient filmés ? -, nous notons un
réel manque de naturel de la part des intéressés.
Si Rodolfo est amoureux de Mimi et vice versa, nous avons vu un
Alagna maniéré, qui tirait les notes un peu trop et
une Gheorghiu qui manquait parfois de force, soumise au public.
Mimi et Rodolfo, malheureusement, nous les cherchons encore !
A leurs côtés, l'Italienne Annamaria Dell'Oste
campait une excellente Musetta avec du caractère, un très
beau jeu d'actrice, et le trio masculin Ferrari-Anastassov-Testé
(respectivement Marcelleo, Colline et Schau-nard) était bien
égal. Pour leur part, les churs ont été
soigneusement préparés, avec une mention spéciale
pour la Maîtrise des Bouches-du-Rhône dont on
put ressentir le plaisir à s'exprimer sur cette scène.
A la tête de l' Orchestre National de France, nous
trouvions Jesus Lopez-Cobos, brillant, qui tirait parfois
en longueur dans certaines scènes mais toujours juste et
bien en place. *
Un opéra comme La Bohème sur la scène
grandiose du théâtre
antique d'Orange, c'était un pari risqué qui a quand
même été presque gagné. En effet, la
mise en scène de Nicolas Joël réservait
de bonnes surprises, mais les actes I et IV manquèrent de
l'intimité souhaitée de la mansarde qui abrite l'action.
En revanche, l'acte II est une véritable réussite,
avec une vraie appropriation de l'espace et un très beau
contraste avec l'acte III de la barrière d'enfer.
Si on oublie un peu les côtés show à Las
Vegas et démonstration vocale, nous garderons un agréable
souvenir de cette première Bohème aux Chorégies.
Emeric Mathiou
* Quelques jours plus tard, samedi 6 août, en compagnie du
Chur de Radio France, nous retrouvions cette même
maîtrise, ce même orchestre, pour une représentation
de haut vol de la IXe Symphonie de Beethoven, sous
la direction d'un Kurt Masur impeccable et sans baguette.
Profitant
de l'acoustique exceptionnelle du théâtre et de son
mur de scène impo-
sant, le chef s'est investi avec maestria, soignant couleurs et
nuances
tout au long de l'uvre.
Lors du final, la bourrasque d'angoisse est coupée net par
le récitatif
très solennel de la basse Franz-Josef Selig et la
mélodie surgit comme
la vérité la plus intime du cur. Entrent
les solistes Mélanie Diener, sopra-no d'une bonne
présence, Marie-Nicole Lemieux, très bel alto,
et Jorma Silvasti, ténor un peu léger. Le chur
est puissant, bien préparé et très en place.
La représentation s'est terminée par une ovation d'un
public ému et debout, multipliant les rappels pendant plus
de dix minutes, transcendé
par la beauté de l'uvre et l'excellence de la prestation.
Une nouvelle fois, les Chorégies restent fidèles à
leur réputation en se maintenant en tête
des grands festivals français. Vivement l'année prochaine
!
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