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"The Bassarids"
opéra de Hans Werner Henze
Nederlandse Opera, Amsterdam
11 décembre 2005
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Evénement à Amsterdam, car le Nederlandse Opera propose
une nouvelle production d'un des opéras les plus réputés
de la seconde moitié du ving-tième siècle ;
mais surtout, ce spectacle marque les débuts dans la fosse
du Muziektheater du nouveau directeur musical de l'institution :
le chef allemand Ingo Metzmacher. Pour sa première
saison, le musicien n'a
pas choisi la facilité et la démagogie, puisqu'il
conduira, outre cet ouvrage de Henze, la Petite renarde rusée
de Janacek, Elektra de Strauss et Simon Boccanegra
de Verdi. Force est de constater que la maison batave s'est do-tée
d'une personnalité charismatique qui galvanise un Nederlands
Filhar-monisch Orkest. Sous sa baguette, cette phalange si souvent
routinière
et poussive, se révèle un orchestre de premier plan,
riche en timbre et
en dynamique.
Après avoir été successivement mis au pilori
par l'avant-garde
musicale internationale, le compositeur Hans Werner Henze
multiplie
les honneurs. Alors qu'il fut toujours très présent
dans le monde germani-que et anglo-saxon, les pays latins s'ouvrent
progressivement à son uvre : le festival Présences
de Radio France lui a offert une intégrale de ses sym-phonies
en 2003 et le Théâtre du Châtelet
a programmé ses Bassarids ce printemps. Ouvrage
dense, en un acte, d'une durée d'à peine plus de deux
heures, Les Bassarides sont une partition complexe et passablement
pes-simiste. Organisé comme une symphonie en quatre mouvements,
l'uvre reprend de nombreuses influences, dont celles notables
de Mahler et Brahms. Aucune issue favorable n'est possible dans
cette tragédie tirée des Bacchantes d'Euripide,
et la déraison triomphe sur fond de thèmes chers à
la génération contestataire des années 1960
- l'opéra fut crée en août 1966 au festival
de Salzbourg. La musique sérielle alterne des passages âpres,
tendus, et des moments lyriques, sensuels. Certaines scènes
sont de grandes réussites, comme le troisième mouvement
qui culmine dans l'hal-lucinante mort de Pentheus. Cependant, dans
son ensemble et en dépit de ses immenses qualités
dramatiques, cette musique ne parvient pas à masquer certains
traits de son âge et quelques scènes apparaissent un
peu longues. La faute en incombe peut-être au chef d'orchestre
qui arron-
dit les angles là on l'on aimerait plus de brutalité
et de sauvagerie.
La distribution vocale est d'un niveau exceptionnel : tous les
artistes
sont engagés viscéralement dans leurs rôles,
faisant fi des redoutables difficultés de leurs parties.
Pour ses débuts sur la scène hollandaise, le baryton
allemand Detlef Roth campe un Pentheus magistral de style
et de puissance. Le ténor Tom Randle, un habitué
de l'opéra amstellodamois, soutient la comparaison et livre
une formidable incarnation de Dionysos.
La distribution féminine est tout aussi grandiose : Kristine
Ciesinki est
une belle Agave. Le rôle de Autonoe est tenu par Margarita
De Arenallo, l'une des chanteuses les plus charismatiques du
moment, dont les aigus faciles et l'engagement scénique forcent
le respect. Le reste de la distri-
bution est à l'avenant : Kenneth Kox (Cadmus), Chris
Merritt (Tiresias),
Robert Bork (le capitaine de la garde royale), Anne Gjebang
(Beroe).
Pour son retour dans la capitale des Pays-Bas après son
Moïse und Aaron d'Arnold Schönberg en 1995 (sous
la direction de Pierre Boulez), le metteur en scène allemand
Peter Stein signe une scénographie d'une sobriété,
d'une force et d'un respect de la partition qui donnent une leçon
de drama-turgie et de musicalité à bien de similis
metteurs en scène. Dans un décor unique d'arène
semi-circulaire de Moidele Bickel, il fait ressortir les
haines et l'incompréhension entre les protagonistes jusqu'à
l'embrasement général final.
Pierre-Jean Tribot
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