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"l'ange de feu",
opéra de sergeï prokofiev
Théâtre Royal de la Monnaie, Bruxelles
2 février 2007
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Evénement à La Monnaie que cette nouvelle production
du très rare Ange de Feu de Sergeï Prokofiev
[lire notre chronique du 1er novembre 2003].
Ce quatrième opéra du créateur de L'Amour
des trois oranges connut une gestation des plus houleuses. C'est
en 1919, lors d'un séjour aux Etats-Unis, que le compositeur
prend connaissance du roman L'Ange de feu
du poète symboliste russe Valery Brioussov qui narre la vie
d'une femme possédée par l'image d'un ange de feu
nommé Madiel. Si une première version du livret est
terminée en mars 1920, la partition orchestrée ne
verra le jour qu'en 1926. La création connut également
de nombreux tra-
cas. La première audition envisagée au Städtische
Oper de Berlin sous
la baguette de Bruno Walter fut annulée en raison des retards
du compo-siteur. Un concert d'extraits sous la direction de Koussevitski
se déroula
en 1928 à Paris, alors que le compositeur avait recyclé
certains passages de son opéra dans sa Symphonie n°3.
Refusé par le Metropolitan Opera et impensable sur une scène
soviétique en raison de son sujet politiquement incorrect,
l'opéra dormit dans des cartons jusqu'à une création
concertante en 1954 sous l'impulsion du fort oublié mais
excellent Charles Bruck. La première représentation
scénique se déroula l'année suivante, à
La Fenice (Venise).
L'Ange de Feu pose de nombreux défis.
Il faut tout d'abord réunir une distribution de très
haut niveau, et surtout trouver un soprano capable de surmonter
les redoutables difficultés d'un rôle écrasant.
Le livret en lui-même soulève de nombreuses questions,
car il demande de rendre scéniquement des scènes d'apparitions
et de transes collectives. Fort attendue dans le cadre d'une saison
pour l'instant assez soporifique, la production de La Monnaie est
une immense réussite. Le théâtre belge a fait
appel au scénographe anglais Richard Jones dont nous
avions fort aimé l'approche de La Petite renarde rusée
à Amsterdam [lire notre chronique
du 19 février 2006]. Dans d'imposants décors pâles,
épurés et symboliques, du souvent fort inspiré
John MacFarlane, le scé- nographe impose une action
tendue et suffocante. Certains tableaux, comme la visite de Ruprecht
chez le mage Aggripa von Nettesheim et la scène finale, resserrée
dans une partie du décor, font très forte impres-sion.
L'idée de présenter sur scène des doubles énigmatiques
de l'héroïne permet de bien rendre la situation mentale
déficiente de Renata. Le travail des costumes par Nicky
Gillibrand est très intéressant ; seules jurent
les robes colorées façon Pucci de Renata et
de ses doubles démoniaques, dans l'univers de couleurs froides
des uniformes et tenues de travail des uns et des autres.
Musicalement, on se situe à des sommets rarement atteints
ces der-
niers temps à Bruxelles. Dans la fosse, Kazushi Ono
impose une direction dramatique, tendue, qui accorde une grande
importance à l'équilibre entre les lignes mélodiques
et aux dynamiques. L'Orchestre symphonique de
La Monnaie lui répond avec attention et puissance. La
jeune Elena Popov-skaïa recueille un chaleureux succès
en Renata ; ce n'est que justice,
tant la voix est colorée et belle, alors que la technique
est des plus solides. Souvent distribué à La Monnaie,
le baryton Tómas Tómasson livre encore une
fois une prestation de très haut vol. L'inquisiteur de Vladimir
Samso-nov possède, quant à lui, l'étoffe
du rôle, en dépit d'un léger manque de puissance.
Les nombreux comparses sont idéalement distribués
et mê-
me parfois avec un luxe assez inattendu ; ainsi le ténor
Vitali Tarachenko qui avait chanté avec classe Hermann
dans la Dame de Pique (2005) assure ici le petit rôle
du mage Aggripa von Nettesheim. Mentions très bien également
pour Elena Manistina (la voyante), Beata Morawska
(la patronne de l'auberge) Leonid Bomstein (Méphistophélès),
Ante Jerkunica (Johann Faust), Maria Gortsevskaya
(Lorenzo Caròla, Jacob Glock), Andrej Baturki (Mathias
Wissmann), Nabil Suliman (le cabaretier) et Aldo de Vernati
(le serviteur).
Pierre-Jean Tribot
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