photo Benoît Thivel

"Alcina", opéra de Georg Friedrich Händel

Opéra Comédie, Montpellier
8 avril 2003






 

 

Christophe Rousset présentait ici une Alcina d'une grande clarté,
peut-être moins effervescente que ce qu'il a pu proposer dans d'autres ouvrages de Händel par le passé. Sa lecture se montra à la hauteur de sa précision coutumière, bien que moins tendue. On l'aura remarqué très at-tentive au travail des chanteurs, particulièrement soucieuse de soigner les équilibres entre plateau et fosse. Signalons un solo de hautbois joliment réussi par Patrick Beaugiraud, ainsi que la figure de flûte à bec sur les toutes dernières mesures de l'opéra, par Jacques-Antoine Bresch.
Nous retrouvions donc des Talens Lyriques plus en forme qu'avec
La Capricciosa Corretta
; un réel bonheur.

Quant à ce qui se passe sur scène…
Couleurs criardes, géographie insulaire en femme nue, plateau tournant en miroir ; bref : un décor clinquant, lourdaud, vulgaire. Et souvent mal utilisé : par exemple, l'aria " ombre palide… " montrant une Alcina désemparée tournant lentement avec son lit forme une image assez jolie, mais les gênants bruits du mécanisme actionnant le plateau mobile viennent complètement annuler l'effet désolé procuré par des phrases d'orchestre fragmentées, d'une tristesse infinie. Ce passage se transforme malheureu-sement en concert de grincements, et l'émotion autant que le plaisir qu'il eut su nous offrir s'en trouvent altérés. Voilà pour l'espace, qui, avouons-le, ne sert à rien.

Et l'action ? C'est bien là le problème : Marco Arturo Marelli s'est guère inquiété des questions de jeu, des relations à construire entre les person-nages, de tout ce qui rend possible le représentation. On demeure surpris : nous avons pu apprécier quelques autres de ses travaux qui ne souffraient pas du tout c'une telle carence. Cet automne, par exemple, son Eugène Onéguine à Strasbourg offrait de toutes autres possibilités, ainsi que
l' Ariadne auf Naxos qu'il monta pour le Semperoper de Dresde.
Ici, pas de direction d'acteurs, et des choix qui ne brillent pas de subtilité
ou de finesse de vue. Certes, Alcina amène une guerre, un siège, une lutte, comme souvent dans le répertoire haendelien, et nous retrouvons les thè-
mes chers au compositeur : le pouvoir de l'amour, l'amour du pouvoir, l'amour du pouvoir qui aide à se faire aimer, le pouvoir de l'amour qui se refuse à celui qui détient le pouvoir, les limites d'un pouvoir de posséder sans amour, et ainsi de suite. De là à forcer la dose, réduire l'imagination du public, et lui imposer une interprétation facile, lourde et myope, il y avit un fossé que Marelli enjamba sans crainte de sombrer dans le mauvais goût ; de fait, il s'y précipite de bon cœur, cédant aussi à une certaine mode dont on a pu constater les essais l'été dernier ici même avec un Rinaldo à faire fuir les estomacs les mieux accrochés, et à bien d'autres reprises. Nous espérons retrouver bientôt ce metteur en scène dans un travail plus scrupuleux, plus réfléchi, moins capricieux ni complaisant.

Montpellier offrait un plateau vocal honorable. On aurait peut-être attendu plus de l' Alcina de Elzbieta Szmytka qui reste très contenue. Nous retrou-vions, avec un plaisir toujours croissant, Elizabeth Calleo en Morgana d'une grande douceur aimante ; cette artiste aura montré une belle capacité à incarner des rôles très différents, puisque nous avons pu l'apprécier dans Cadmus et Hermione (Lully) ou encore Idoménée (Campra) qui parta-geaient peu de points communs, tant sur le plan psychologique qu'en ce qui concerne le style vocal, avec Morgana. Attention toutefois à quelques attaques pianissimo un peu basses.

L'Oronte de Topi Lehtipuu s'est montré vaillant, frappant toujours droit au but, avec des phrases plutôt bien menées. Enfin, remercions Ewa Wolak pour sa Bradamante avantageusement sonore, très présente vocalement, au timbre parfois violent qui soulignait justement la difficulté de la lutte qu'entreprend le personnage pour retrouver son amour.

Bertrand Bolognesi