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"Actéon",
opéra de Marc-Antoine Charpentier
précédé des "Arts
Florissants"
Opéra de Rennes
12 octobre 2004
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Cette année
du tricentenaire Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) est l'occasion
d'une découverte approfondie de ses uvres, à travers
diverses manifestations culturelles, dans quelques villes françaises.
Longtemps méconnu, il est actuellement considéré
comme le plus grand compositeur baroque de musique religieuse en France.
Mais il est également à l'origine d'uvres profanes
dont des airs de cour, des airs à boire (les seuls autorisés
par Louis XIV à être édités), ainsi que
deux tragédies lyriques : Médée, David
et Jonathas.
L'Académie Baroque d'Ambronay forme des chanteurs et
des musiciens spécialisés dans ce répertoire.
La saison précédente, elle avait proposé une
redécouverte du merveilleux oratorio de Händel, Athalia,
et présente cette année deux uvres miniatures
: un divertissement allégorique et
une pastorale. Ces deux pièces, rarement jouées, ont
été composées lorsque Charpentier était
au service de Madame de Guise (petite-fille du ligueur Henri, assassiné
sur ordre de Henri III).
Les Arts Florissants est un hommage à Louis XIV,
qui le tenait en grande estime en dépit de ses relations
épineuses avec la cour, notamment en raison de rivalités
avec des compositeurs reconnus tels Lully et Delalande. Ici, les
personnages allégoriques sont quatre arts très importants
à l'épo-que : la musique, l'architecture, la poésie
et la musique. Deux symboles opposés sont omniprésents
: la paix et la discorde. Les arts sont au ser-vice du roi, considéré
comme celui qui maintient la paix. La discorde, furieuse de tant
de prospérité, tente de briser cet équilibre
; la paix lui résiste et, avec le soutient des arts, sort
victorieuse.
Les quatre allégories sont vêtues de robes aux couleurs
vives, la paix
d'une robe blanche. La discorde et ses guerriers sont en noir, nuance
qu'ils abandonneront à la fin au profit de vêtements
colorés. La Musique
de Leticia Giuffredi éprouve tout d'abord quelques
difficultés à interpréter son personnage, mais
manifeste graduellement plus d'aisance. La Poé-
sie d'Olga Listova et l'Architecture de Madjouline Zerari
font preuve de
plus d'ampleur vocale. Par son jeu, Eugénie Warnier
est une Paix très attachante. Hugo Oliveira assume
bien son rôle de Discorde, ainsi que Julien Picard
et Benjamin Alunni, respectivement en Peinture et en Guerrier.
Si les chanteurs et l'ensemble ont encore de la maturité
à acquérir - au
plan de la présence scénique et des timbres vocaux
-, les rapports entre
les personnages sont bien mis en valeur. La gestuelle dégage
un certain charme par son naturel, ce qui apporte une dimension
humaine à la
mise en scène de Ludovic Lagarde, par exemple lorsque
la Musique et
la Paix s'étreignent à la fin. Les chorégraphies
manquent de grâce - cela
vient-il de l'époque ? - mais leur signification est bien
perceptible. En
effet, les danseurs ont au début des mouvements raides et
anguleux pour représenter la guerre, puis plus souples et
libres lorsque la paix se rétablit.
Actéon, opéra de chasse en 5 tableaux, est
mieux réalisé dans son ensemble. Comme dans la pièce
précédente, le décor très sobre consiste
en un grand cube de mailles métalliques situé au centre,
et d'où les acteurs et danseurs peuvent entrer et sortir.
L'un des plus beaux moments est la scène de Diane et de ses
surs se baignant à l'intérieur du cube - au
sol humidifié -, dans des robes blanches peintes d'un corps
féminin, sous l'éclairage d'une très belle
lumière bleue. Paul Crémazy est un Actéon
très émouvant. Diane, interprétée par
Karen Perret, est juvénile et un peu désincarnée,
comme l'est une déesse. Sophie Van de Woestyn campe
Junon, pleine de colère, avec un bel aplomb. Le chur
effectue un excellent travail d'équipe. L'orchestre est dirigé
avec vitalité par l'excellent Christophe Rousset mais
les musiciens peuvent encore se perfectionner pour rendre les sonorités
plus souples.
Stéphanie Cariou
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