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Depuis le 31 août, le 22ème Concours international
de Piano Clara Haskil se tient au Théâtre de Vevey.
Des cent-neuf inscrits, soixante-dix huit can-
didats ont participé aux épreuves. Au programme des
éliminatoires : deux sonates contrastées de Domenico
Scarlatti, la pianiste roumaine ayant
été l'une des premières à interpréter
ce compositeur ; et, bien sûr, Mozart. Ses épreuves
permirent de sélectionner quinze pianistes : Sam Armstrong
(Royaume-Unis), Alina Bercu (Roumanie), Lucas Blondeel (Belgique),
Seul Ki Cheon (Corée du Sud), Alessandro Deljavan-Farshi
(Italie), François Du-mont (France), Marcin Fleszar (Pologne),
Hisako Kawamura (Japon), Yoon-Jee Kim (Corée du Sud), Hyo-Sun
Lim (Corée du Sud), Joo Hyeon Park (Corée du Sud),
Alexander Schimpf (Allemagne), Aleyson Scopel (Brésil), Iana
Vassilieva (Russie) et Lu Wang (Chine). Pendant les quarts de finales
des 5 et 6 septembre, nous rencontrions Michel Dalberto,
président du jury, à qui nous posions quelques questions.
À observer le palmarès du Concours Clara Haskil,
on constate que certaines éditions n'ont pas attribué
le prix. Pourquoi ?
Tous les concours n'ont pas cette possibilité ; par exemple,
le Reine Elisa-beth ou celui de Leeds ne l'ont pas. De fait, le
premier Concours Haskil, en 1963, pour lequel les grands artistes
avec lesquels la pianiste joua avaient tenu à être
membres du jury, honorant ainsi sa mémoire, n'a récompensé
personne. En 1965, c'est Christoph Eschenbach qui l'obtint ; il
fut donc le tout premier lauréat. En 1969, le concours avait
lieu dans le cadre presti-gieux du Festival de Lucerne ; mais, une
nouvelle fois, personne ne retint l'attention du jury. Le fait que
les épreuves n'occasionnèrent aucun prix semble avoir
quelque peu exaspéré la direction du festival qui,
du coup,
ne souhaita plus abriter le concours. Cette association se transforma
donc en un concert de chaque lauréat, Clara Haskil in
memoriam, à Lucerne. En 1973, le Clara Haskil reprit
dans le cadre du Septembre musical de Mon-treux-Vevey. En 1983 et
2003, il n'y eut pas non plus de lauréat. Vous savez, dès
qu'on entend les épreuves éliminatoires, l'on pressent
à qui l'on pour-rait offrir le prix. En 2003, en écoutant
les quarts de finale, je savais qu'on ne l'attribuerait pas. Indéniablement,
les candidats avaient un très haut niveau, mais les critères
identitaires de ce prix n'étaient pas présents. D'ailleurs,
tous les membres du jury d'alors étaient bien d'accord, sans
avoir à se poser de questions. Je sais que cela peut paraître
triste pour les candidats. Mais il faut savoir que le Clara Haskil
n'est pas un concours comme les autres.
En quel sens ?
Tout d'abord, c'est un prix unique. Il ne prévoit pas de
distribuer de 2ème
ou de 3ème prix, aucun lot de consolation. Principalement,
l'on attend d'un éventuel lauréat des qualités
très précises. Il s'agit avant tout de distinguer
un pianiste qui nourrisse un intérêt véritable,
sincère, pour le répertoire qui fut celui de Clara
Haskil. Mais pas uniquement : il doit avoir un je-ne-sais-quoi
en plus qui retienne l'attention. La 1ère épreuve
est sans doute la plus dure. Son programme n'est pas libre et dure
un quart d'heure. Le candidat doit donner au jury l'envie de le
réentendre. La 2ème épreuve occupe qua-rante
minutes, soit une moitié obligatoire et une autre libre où
le candidat peut jouer les compositeurs qu'il veut, ce qui permet
également d'appro-cher son goût personnel et son engagement
à le défendre.
Mozart, Schubert ou Debussy requièrent des qualités
d'intériorités
rares chez les jeunes artistes
En effet, elles ne sont certes pas ce que l'on rencontre chez la
plupart des jeunes pianistes. Mais, justement, nous entendons révéler
ici des musi-ciens qui ne s'attèlent pas à un virtuose
concerto de Rachmaninov ou de Grieg. Je le dis sans mépris,
ne vous méprenez pas ; d'ailleurs, je joue
moi-même ces concerti. Mais il est indéniable que le
jeu de Clara Haskil n'était pas celui de Vladimir Horowitz.
S'il est encore tout à fait loisible de s'extérioriser
dans un concerto de Mozart, c'est une autre histoire avec une sonate
de Schubert ! Si l'on y regarde bien, on verra que les jeunes distin-gués
par ce concours ont, pour la plupart, continué à servir
ce répertoire, avec un zèle sincère.
Au milieu des épreuves de quarts de finale, pensez-vous
pouvoir envisager de remettre cette année le Prix Haskil
?
Oui. Bien que nous n'ayons pas encore entendu tous les candidats
retenus, une idée se profile assez clairement. Notre concours
possède une autre particularité : ses demi-finales
consistent en une épreuve de musique de chambre. J'en suis
l'instigateur, car il me paraissait logique que le répertoire
chambriste, si volontiers travaillé par Clara Haskil, soit
honoré dans un con-cours qui porte son nom. Cela nous permet
d'appréhender différemment les candidats. Il arrive
que l'un d'eux nous ait satisfaits lors de sa présentation
de récitaliste et que nous soyons amenés à
ne pas le garder pour la finale après sa prestation chambriste.
En tant que président du jury, quel regard portez-vous
sur la nouvelle génération de pianistes ?
Je constate d'abord que le niveau des prétendants s'est considérablement
élevé. À l'époque de Nikita Magaloff,
je me souviens que les éliminatoires comptaient encore de
bons amateurs. Ce n'est plus du tout le cas aujour-d'hui. D'autre
part, bien que la personne Clara Haskil s'éloigne de plus
en plus - voilà quelques quarante-sept ans qu'elle est morte
-, les jeunes me paraissent très sensibles à ce quelle
était et qui transparaissait dans son jeu. Ce phénomène
est certainement dû à leur connaissance de ses enregistrements
ou des livres qui la racontent. L'exemple de sa discrétion
représente indéniablement une saine réaction
face à la sur-médiatisation des jeunes carrières,
phénomène assez dangereux auquel ils sont doré-
navant confrontés. Pour Haskil, seul importait de se mettre
au service de
la musique du mieux qu'elle pouvait, en faisant fi de tout ce qui
l'environnait.
Un exemple : Mihaela Ursuleasa, roumaine de dix-huit ans alors,
fut notre lauréate en 1995 ; elle sut approfondir son travail
sans courir méchamment le contrat. Par ailleurs, il y a désormais
une telle évolution de la relation avec les médias
que les jeunes musiciens ont parfaitement intégré
une commu-nication à laquelle les gens de ma génération
ne songeaient pas. Aujour-d'hui, les épreuves du concours
sont filmées et seront retransmises sur internet : cela implique
un rapport différent à la salle, au public, et l'accep-tation
de l'inévitable animation que cela suscite.
Beaucoup de concours voient le jour. Un artiste arbore souvent
de nombreuses récompenses. Ne vous semble-t-il pas qu'il
y en ait trop ?
Je vous répondrais bien que les concours ne distribuent que
des prix mais ne donnent jamais le talent. Certaines personnes vont
percer grâce à eux, car cet encouragement arrive quand
il faut. D'autres gens percent sans s'être présentés
à quelque jury que ce soit ou, le plus souvent, en ayant
échoué aux concours. Il n'y a pas de règle.
La profusion de concours n'est pas un problème car, au fond,
l'on sait bien quels sont ceux qui ont le réel pouvoir de
changer la donne, ceux qui réunissent le prestige et la puis-sance
nécessaires à convaincre les principaux décideurs
d'engager leur lauréat. Sur toute la planète, l'on
en compte à peine une dizaine. Tous les autres permettent
aux pianistes de se confronter, de faire quelques ren-contres souvent
non négligeables, de gagner un peu d'argent, mais ne
sont pas déterminants.
En 1975, vous avez reçu le Prix Clara Haskil ; après
avoir été membre
du jury à plusieurs reprises, vous en êtes le président
depuis 1991. Comment voyez-vous cette relation entre le Clara Haskil
et vous ?
J'ai eu la chance d'obtenir ce prix à l'âge de vingt
ans. Indéniablement, il me légitima à jouer
ce répertoire. En tant que jeune pianiste français,
il n'était pas attendu que je me lance dans Mozart et Schubert.
Les préjugés sont pléthores, n'est-ce pas ?
Mon prix aura sans doute vaincue une méfiance, principalement
germanique, à mon égard. Ensuite, j'ai gagné
le concours de Leeds en présentant les mêmes compositeurs
: Schubert, Schumann, Mozart. Le fait de succéder à
Nikita Magaloff à la présidence du jury du concours
Clara Haskil me parut plus tard une sorte d'évolution naturelle.
Enfin - et cela rejoint l'une de vos précédentes questions
-, ce n'est que depuis très récemment que j'enseigne
(Accademia Pianistica d'Imola) :
ma présence au concours m'aura sans conteste permis d'évaluer
la jeunesse musicale.
Six candidats se sont confrontés dimanche 9 septembre, en
demi-finales : Sam Armstrong (27 ans), Alina Bercu (17 ans), Lucas
Blondeel (26 ans), Hisako Kawamura (26 ans), Alexander Schimpf (26
ans) et Iana Vassilieva (21 ans). Mardi 11 septembre, à 20h,
c'est une finale exclusivement fémi-nine que présente
l'édition 2007. À la tête de l'Orchestre
de Chambre
de Lausanne, Paolo Arrivabeni accompagne Iana Vassilieva
dans le Concerto en mi bémol majeur K. 271 de Mozart,
Hisako Kawamura
dans le Concerto en mi mineur Op.11 n°1 de Chopin
et Alina Bercu dans
le Concerto en ut mineur Op. 37 n°3 de Beethoven.
Et aujourd'hui, nous félicitons Hisako Kawamura, Prix
Clara Haskil 2007 !
Conclusion de Michel Dalberto : "Cette finale a été
une belle confirmation
de ce que nous avions ressenti au sujet de Hisako Kawamura qui a
joué un superbe 1er de Chopin que Haskil, bien qu'elle
ne l'ait jamais joué, n'aurait sans doute pas désavoué.
Déception en revanche concernant Elena Becu dont l'interprétation
du 3ème de Beethoven était figée, un
peu scolaire. Quant à l'interprétation du "Jeune
homme" par Vassilieva, elle a laissé la plupart des
membres du jury un peu étonné par ses choix de tempi
et
une absence de rebondissement".
Hisako Kawamura (26 ans) accomplit sa formation musicale à
Hanovre,
à la Hochschule für Musik und Theater auprès
de Vladimir Krainev. Elle remporte le 1er Prix du Concours G.B.
Viotti (Vercelli), le 1er Prix du Concours A. Casagrande (Terni)
en 2002, le 3e Prix du Concours Géza
Anda (Zurich) en 2003 et le 2e Prix du Concours ARD (Munich) en
2006.
En 2007, elle a compté parmi les lauréats du concours
Reine Elisabeth
à Bruxelles. Elle a donné plusieurs concerts en Europe
de l'Ouest, en Russie et en Asie, avec des orchestres comme le Philharmonique
de Tokyo ou l'Orchestre National de Russie.
Bertrand Bolognesi
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