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22ème concours clara haskil

Théâtre de Vevey
du 31 août au 11 septembre 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



écouter les demi-finales et la finale

hisako kawamura © dr

 

Depuis le 31 août, le 22ème Concours international de Piano Clara Haskil se tient au Théâtre de Vevey. Des cent-neuf inscrits, soixante-dix huit can-
didats ont participé aux épreuves. Au programme des éliminatoires : deux sonates contrastées de Domenico Scarlatti, la pianiste roumaine ayant
été l'une des premières à interpréter ce compositeur ; et, bien sûr, Mozart. Ses épreuves permirent de sélectionner quinze pianistes : Sam Armstrong (Royaume-Unis), Alina Bercu (Roumanie), Lucas Blondeel (Belgique), Seul Ki Cheon (Corée du Sud), Alessandro Deljavan-Farshi (Italie), François Du-mont (France), Marcin Fleszar (Pologne), Hisako Kawamura (Japon), Yoon-Jee Kim (Corée du Sud), Hyo-Sun Lim (Corée du Sud), Joo Hyeon Park (Corée du Sud), Alexander Schimpf (Allemagne), Aleyson Scopel (Brésil), Iana Vassilieva (Russie) et Lu Wang (Chine). Pendant les quarts de finales des 5 et 6 septembre, nous rencontrions Michel Dalberto, président du jury, à qui nous posions quelques questions.

À observer le palmarès du Concours Clara Haskil, on constate que certaines éditions n'ont pas attribué le prix. Pourquoi ?
Tous les concours n'ont pas cette possibilité ; par exemple, le Reine Elisa-beth ou celui de Leeds ne l'ont pas. De fait, le premier Concours Haskil, en 1963, pour lequel les grands artistes avec lesquels la pianiste joua avaient tenu à être membres du jury, honorant ainsi sa mémoire, n'a récompensé personne. En 1965, c'est Christoph Eschenbach qui l'obtint ; il fut donc le tout premier lauréat. En 1969, le concours avait lieu dans le cadre presti-gieux du Festival de Lucerne ; mais, une nouvelle fois, personne ne retint l'attention du jury. Le fait que les épreuves n'occasionnèrent aucun prix semble avoir quelque peu exaspéré la direction du festival qui, du coup,
ne souhaita plus abriter le concours. Cette association se transforma donc en un concert de chaque lauréat, Clara Haskil in memoriam, à Lucerne. En 1973, le Clara Haskil reprit dans le cadre du Septembre musical de Mon-treux-Vevey. En 1983 et 2003, il n'y eut pas non plus de lauréat. Vous savez, dès qu'on entend les épreuves éliminatoires, l'on pressent à qui l'on pour-rait offrir le prix. En 2003, en écoutant les quarts de finale, je savais qu'on ne l'attribuerait pas. Indéniablement, les candidats avaient un très haut niveau, mais les critères identitaires de ce prix n'étaient pas présents. D'ailleurs, tous les membres du jury d'alors étaient bien d'accord, sans avoir à se poser de questions. Je sais que cela peut paraître triste pour les candidats. Mais il faut savoir que le Clara Haskil n'est pas un concours comme les autres.

En quel sens ?
Tout d'abord, c'est un prix unique. Il ne prévoit pas de distribuer de 2ème
ou de 3ème prix, aucun lot de consolation. Principalement, l'on attend d'un éventuel lauréat des qualités très précises. Il s'agit avant tout de distinguer un pianiste qui nourrisse un intérêt véritable, sincère, pour le répertoire qui fut celui de Clara Haskil. Mais pas uniquement : il doit avoir un je-ne-sais-quoi en plus qui retienne l'attention. La 1ère épreuve est sans doute la plus dure. Son programme n'est pas libre et dure un quart d'heure. Le candidat doit donner au jury l'envie de le réentendre. La 2ème épreuve occupe qua-rante minutes, soit une moitié obligatoire et une autre libre où le candidat peut jouer les compositeurs qu'il veut, ce qui permet également d'appro-cher son goût personnel et son engagement à le défendre.

Mozart, Schubert ou Debussy requièrent des qualités d'intériorités
rares chez les jeunes artistes…

En effet, elles ne sont certes pas ce que l'on rencontre chez la plupart des jeunes pianistes. Mais, justement, nous entendons révéler ici des musi-ciens qui ne s'attèlent pas à un virtuose concerto de Rachmaninov ou de Grieg. Je le dis sans mépris, ne vous méprenez pas ; d'ailleurs, je joue
moi-même ces concerti. Mais il est indéniable que le jeu de Clara Haskil n'était pas celui de Vladimir Horowitz. S'il est encore tout à fait loisible de s'extérioriser dans un concerto de Mozart, c'est une autre histoire avec une sonate de Schubert ! Si l'on y regarde bien, on verra que les jeunes distin-gués par ce concours ont, pour la plupart, continué à servir ce répertoire, avec un zèle sincère.

Au milieu des épreuves de quarts de finale, pensez-vous pouvoir envisager de remettre cette année le Prix Haskil ?
Oui. Bien que nous n'ayons pas encore entendu tous les candidats retenus, une idée se profile assez clairement. Notre concours possède une autre particularité : ses demi-finales consistent en une épreuve de musique de chambre. J'en suis l'instigateur, car il me paraissait logique que le répertoire chambriste, si volontiers travaillé par Clara Haskil, soit honoré dans un con-cours qui porte son nom. Cela nous permet d'appréhender différemment les candidats. Il arrive que l'un d'eux nous ait satisfaits lors de sa présentation de récitaliste et que nous soyons amenés à ne pas le garder pour la finale après sa prestation chambriste.

En tant que président du jury, quel regard portez-vous sur la nouvelle génération de pianistes ?
Je constate d'abord que le niveau des prétendants s'est considérablement élevé. À l'époque de Nikita Magaloff, je me souviens que les éliminatoires comptaient encore de bons amateurs. Ce n'est plus du tout le cas aujour-d'hui. D'autre part, bien que la personne Clara Haskil s'éloigne de plus
en plus - voilà quelques quarante-sept ans qu'elle est morte -, les jeunes me paraissent très sensibles à ce quelle était et qui transparaissait dans son jeu. Ce phénomène est certainement dû à leur connaissance de ses enregistrements ou des livres qui la racontent. L'exemple de sa discrétion représente indéniablement une saine réaction face à la sur-médiatisation des jeunes carrières, phénomène assez dangereux auquel ils sont doré- navant confrontés. Pour Haskil, seul importait de se mettre au service de
la musique du mieux qu'elle pouvait, en faisant fi de tout ce qui l'environnait.
Un exemple : Mihaela Ursuleasa, roumaine de dix-huit ans alors, fut notre lauréate en 1995 ; elle sut approfondir son travail sans courir méchamment le contrat. Par ailleurs, il y a désormais une telle évolution de la relation avec les médias que les jeunes musiciens ont parfaitement intégré une commu-nication à laquelle les gens de ma génération ne songeaient pas. Aujour-d'hui, les épreuves du concours sont filmées et seront retransmises sur internet : cela implique un rapport différent à la salle, au public, et l'accep-tation de l'inévitable animation que cela suscite.

Beaucoup de concours voient le jour. Un artiste arbore souvent de nombreuses récompenses. Ne vous semble-t-il pas qu'il y en ait trop ?
Je vous répondrais bien que les concours ne distribuent que des prix mais ne donnent jamais le talent. Certaines personnes vont percer grâce à eux, car cet encouragement arrive quand il faut. D'autres gens percent sans s'être présentés à quelque jury que ce soit ou, le plus souvent, en ayant échoué aux concours. Il n'y a pas de règle. La profusion de concours n'est pas un problème car, au fond, l'on sait bien quels sont ceux qui ont le réel pouvoir de changer la donne, ceux qui réunissent le prestige et la puis-sance nécessaires à convaincre les principaux décideurs d'engager leur lauréat. Sur toute la planète, l'on en compte à peine une dizaine. Tous les autres permettent aux pianistes de se confronter, de faire quelques ren-contres souvent non négligeables, de gagner un peu d'argent, mais ne
sont pas déterminants.

En 1975, vous avez reçu le Prix Clara Haskil ; après avoir été membre
du jury à plusieurs reprises, vous en êtes le président depuis 1991. Comment voyez-vous cette relation entre le Clara Haskil et vous ?

J'ai eu la chance d'obtenir ce prix à l'âge de vingt ans. Indéniablement, il me légitima à jouer ce répertoire. En tant que jeune pianiste français, il n'était pas attendu que je me lance dans Mozart et Schubert. Les préjugés sont pléthores, n'est-ce pas ? Mon prix aura sans doute vaincue une méfiance, principalement germanique, à mon égard. Ensuite, j'ai gagné le concours de Leeds en présentant les mêmes compositeurs : Schubert, Schumann, Mozart. Le fait de succéder à Nikita Magaloff à la présidence du jury du concours Clara Haskil me parut plus tard une sorte d'évolution naturelle. Enfin - et cela rejoint l'une de vos précédentes questions -, ce n'est que depuis très récemment que j'enseigne (Accademia Pianistica d'Imola) :
ma présence au concours m'aura sans conteste permis d'évaluer la jeunesse musicale.

Six candidats se sont confrontés dimanche 9 septembre, en demi-finales : Sam Armstrong (27 ans), Alina Bercu (17 ans), Lucas Blondeel (26 ans), Hisako Kawamura (26 ans), Alexander Schimpf (26 ans) et Iana Vassilieva (21 ans). Mardi 11 septembre, à 20h, c'est une finale exclusivement fémi-nine que présente l'édition 2007. À la tête de l'Orchestre de Chambre
de Lausanne
, Paolo Arrivabeni accompagne Iana Vassilieva dans le Concerto en mi bémol majeur K. 271 de Mozart, Hisako Kawamura
dans le Concerto en mi mineur Op.11 n°1 de Chopin et Alina Bercu dans
le Concerto en ut mineur Op. 37 n°3 de Beethoven. Et aujourd'hui, nous félicitons Hisako Kawamura, Prix Clara Haskil 2007 !

Conclusion de Michel Dalberto : "Cette finale a été une belle confirmation
de ce que nous avions ressenti au sujet de Hisako Kawamura qui a joué un superbe
1er de Chopin que Haskil, bien qu'elle ne l'ait jamais joué, n'aurait sans doute pas désavoué. Déception en revanche concernant Elena Becu dont l'interprétation du 3ème de Beethoven était figée, un peu scolaire. Quant à l'interprétation du "Jeune homme" par Vassilieva, elle a laissé la plupart des membres du jury un peu étonné par ses choix de tempi et
une absence de rebondissement".


Hisako Kawamura (26 ans) accomplit sa formation musicale à Hanovre,
à la Hochschule für Musik und Theater auprès de Vladimir Krainev. Elle remporte le 1er Prix du Concours G.B. Viotti (Vercelli), le 1er Prix du Concours A. Casagrande (Terni) en 2002, le 3e Prix du Concours Géza
Anda (Zurich) en 2003 et le 2e Prix du Concours ARD (Munich) en 2006.
En 2007, elle a compté parmi les lauréats du concours Reine Elisabeth
à Bruxelles. Elle a donné plusieurs concerts en Europe de l'Ouest, en Russie et en Asie, avec des orchestres comme le Philharmonique
de Tokyo ou l'Orchestre National de Russie.

Bertrand Bolognesi