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Soirée Steve Reich
avec la compagnie Rosas
Théâtre de la Ville, Paris
3 mai 2007
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L'intérêt d'Anne Teresa De Keersmaeker (née
en 1960) pour la
musique de Steve Reich ne date pas d'hier : au début
des années 80, après un début de formation
à Bruxelles (école Mudra, fondée par Maurice
Béjart), elle part deux ans aux Etats-Unis où elle
découvre la danse post-moderne américaine ainsi que
la musique de phase du compositeur. En 1982, Fase s'inspire
directement de cette recherche musicale sur la répé-
tition et le décalage rythmique, suscitant un enthousiasme
jamais démenti pour le travail de la chorégraphe,
semble-t-il, puisque ce soir encore le pu-blic fait la chasse aux
billets - notamment pour découvrir deux créations
sur Eight lines (1979) et Four Organs (1970).
Pendulum Music, installation de 1968, ouvre le spectacle.
Un mouvement pendulaire est imprimé à deux microphones
suspendus au-dessus de deux haut-parleurs, livrant un contrepoint
d'effets de larsen. Les sons d'abord espacés deviennent omniprésents,
à mesure que le micro ralentit et tend à l'immobilité.
Cette entrée en matière prépare le spectateur
au foisonnant Marimba Phase (1980), morceau non dansée
où l'on apprécie le tonus et la maîtrise des
deux percussionnistes impliqués. On sait l'attachement de
De Keersmaeker à la musique jouée en direct, et la
présence de l'ensemble Ictus sur le plateau contribue
largement au déploiement de vibrations.
Pièce pour deux pianos, Piano phase (1967) entraîne
alors deux dan-
seuses en robe légère, quasi jumelles, dans une rotation
perpétuelle du
corps, le bras droit animé d'un mouvement pendulaire. Comme
l'exprime Jean-Luc Plouvier au clavier, "Anne Teresa
n'a aucun goût pour les uvres ouvertes où l'artiste
se contente de disposer des chances, et s'en remet au public pour
en apprécier la pertinence". Découverte il
y a vingt-cinq ans maintenant, cette expérience d'un temps
cyclique posait les bases d'un credo chorégraphique : développer
une danse sur des bases géométri-ques strictes, dictées
par la structure même de l'écriture sonore - "des
musiques à l'opposée d'une expression naturelle",
confirme l'intéressée, sensible à la notion
de nombre d'or.
Pour Eight lines, huit danseuses entrent et sortent d'un
cercle lumineux découpé au sol, qui s'estompe à
l'allumage d'autres projecteurs puis réapparaît. Energie
(bonds sur place, courses en diagonale) et sensualité (déhanchements,
complicité souriante) donnent un côté païen
à l'exécution, accompagnée par une flûte
des plus dionysiaques (en bande son, malheu-reusement). Comme précédemment,
Four Organs s'ouvre et se clôt sur le silence. Cette
fois, accompagnés par des maracas et quatre orgues Ham-mond,
ce sont cinq danseurs qui pénètrent sur scène.
Dans une sorte de cohabitation indifférente - avant quelques
chocs, frôlements ou agglomé- rats au final -, les
protagonistes paraissent à la recherche de l'équilibre
(pied levé, bras en croix, immobilité, etc.) plus
que de l'élan.
Enfin, Drumming part I regroupe quatre percussionnistes
et douze
danseurs autour d'une bande de lumière. Antérieure
aux deux créations (1997), cette chorégraphie offre
un résumé généreux de l'art déployé
ce soir - entrées successives, symétrie, tension,
relâchement, blocage, retenue, etc. Dommage que la pièce
qui l'introduisait - un rare et précieux Poème
symphonique pour cent métronomes de György Ligeti,
joués par quatre rangées d'instruments posés
à l'avant-scène - ait provoqué les
rires moqueurs ou gênés de spectateurs venus pour voir
plus que
pour écouter.
Laurent Bergnach
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