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recrues pascal et benny ©
dr
Rossignol de mes amours
Némo
Espace Pierre Cardin, Paris
8 et 9 avril 2006
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Sorti l'an passé en DVD (Virgin classics), Le Rossignol
a la chance, ce week-end, de profiter d'une projection sur grand
écran, avec la sonorisa-
tion adéquate. Le film de Christian Chaudet s'inspire
bien sûr de l'uvre
de Stravinsky (1914), mais en la présentant sous une
forme plus actuelle,
en intégrant des chanteurs - ceux de la version de James
Conlon, en 1999 - dans un univers d'images en 3D. Comme il le
rappelle lors du mini-débat qui suivra, Stravinsky n'a pas
servi de B.O. au film, c'est le film qui s'est monté en respectant
la moindre croche de la partition. Un story-board détaillé
a été conçu pendant plus d'un an, avant les
trois mois du tournage, puis l'année à traiter les
images avec une dizaine d'infographistes - parfois au radar et dont
certaines nécessitaient trois quarts d'heure de calcul infor-matique
! Il a également salué ses interprètes - Natalie
Dessay, Violeta Urmana, Laurent Naouri, etc. -,
attentifs et obéissants qui, en artistes habitués
à la rigueur, servent l'art et le spectacle quelque soit
la
contrainte d'une 23ème prise.
Après Leçons de Ténèbres d'après
Landowski, l'assistant de Jacques Demy revient donc au film musical
voulu comme un acte de résistance, mais avec plus ou moins
de bonheur, selon nous. Que nous glissions
d'un mode réaliste à un collage surréaliste
propre au rêve n'est pas le plus déstabilisant, ni
d'avoir actualisé le propos pour dénoncer une société
de consommation en pleine décadence - avec salle d'ordinateurs,
caméras-espions, codes barre -, c'est d'avoir appuyé
le propos au risque de se trom-per de cible. On a bien compris ce
qu'en disciple de Jean-Christophe Averty il pensait de la télévision
actuelle (la chasse d'eau...) ; alors, pourquoi cette leçon
interminable sur le prime time, avec ses couleurs acidulées,
ces applaudissements ajoutés ? Or, si nous achetons le DVD,
si nous sommes ici ce soir, c'est que nous laissons aux prépubères
et aux retraités les joies de la télévision
du samedi soir, sachant depuis bien longtemps que le petit écran
n'est plus un moyen de culture, et que nous cherchons justement
dans l'art en direct une consolation à la vulgarité
environnante. Cela n'en-lève rien à la beauté
de certaines images (l'éclat des porcelaines) et de certaines
audaces (le scratch sur la première intervention du
pêcheur).
Le lendemain, le classique laisse place à la pop, mais l'engagement
social demeure. Pascal Lièvre et Benny Nemerofsky
Ramsay se parta-gent la vedette du programme J'adore,
mini-rétrospective de leurs vidéos depuis 2000, agrémentée
de deux performances. Le premier propose Lacan Dalida, Abba
Mao et L'Axe du mal, chimères conçues à
partir d'airs populaires célèbres - Mourir sur
scène, Money, money, money, etc. -, mais où
les paroles originales sont remplacées par un discours psychanalytique
ou politique. Le procédé est un peu systématique
mais séduit par son côté brut (souvent en plan
fixe), ses arrangements au tempo révisé - Bruno
Quinquet - et le tiraillement entre hommage et dénonciation
de la propa-gande radiophonique. Savoir aimer nous montre
combien l'amour est plus fort que la violence. Le travail du second,
ne serait-ce que visuellement, pa-raît plus riche : I am
a Boyband présente quatre clones de l'artiste canadien
chantant Come Away, Come, Sweet Love de John Dowland,
tandis que Live to Tell sépare l'écran en seize
parties, utilisant l'angle de vue plongeant des caméras de
surveillance. L'émotion n'est jamais loin du rire, comme
avec Audition Tape où le vidéaste-chanteur
auditionne pour rejoindre le groupe lesbien Tatu, offrant au public-jury
des parenthèses sur le trouble adoles-cent apocalyptique
de ses treize ans, la solitude queer, etc. Patriotic,
enfin, réunit les deux artistes autour d'un succès
planétaire de Céline Dion. *
Laurent Bergnach
* reprise de ce programme le 21 avril à l'Espace 1789 (saint-Ouen)
et le 22 au Cube (Issy-les-Moulineaux).
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