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© ville de nancy
"pigmalion", ballet
de jean-philippe rameau
précédé de "ligeti essais"
Festival des Régions
Production de l'Opéra de Nancy et de Lorraine
Théâtre du Châtelet, Paris
12 juin 2005
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En octobre 2002 déjà, la chorégraphe américaine
Karole Armitage présentait à l'Opéra
de Nancy un spectacle hybride : les différentes salles du
Château de Barbe Bleu de Bartók s'y trouvaient
littéralement jouées par une poignée
de danseurs, inscrivant dans les corps mêmes les trésors
et les horreurs, l'or et les larmes légendaires. En préambule,
elle avait ima-giné de chorégraphier la Sonate
pour deux pianos et percussion qui venait alors, en une joute
délicate, ouvrir cet acte d'opéra. Après une
collaboration de trois ans avec le Ballet de Lorraine (Centre
Chorégraphique National), cette artiste s'attelait au
Pigmalion de Jean-Philippe Rameau, acte de bal-let créé
le 27 août 1743 à l'Académie Royale, offert
au public nancéien cet hiver. Dans le cadre du Festival
des Régions, qui recevra d'ici quelques jours les Medea
et Rondine
du Capitole de Toulouse, Pigmalion connaît trois nouvelles
représentations au Théâtre du Châtelet.
Obéissant à un schéma comparable à
celui choisi pour le projet Bartók, pourrait-on dire,
le spectacle d'aujourd'hui s'est concentré sur une uvre
brève, en un acte, réunissant une distribution restreinte.
De la même ma-nière, il s'ouvre par une sorte de prélude
dansé, sans voix - ou presque, puisqu'il s'agit ici de voix
sur disque. Loin de toute dramatisation de la danse, Ligeti Essais
présente une quinzaine de numéros sur autant de chants
de György Ligeti, collectés dans deux recueils
discographiques. Dans un espace assez froidement délimité
par trois lignes de néons courant au sol, sept danseuses
et danseurs dessinent de discrètes évocations poétiques.
Si Fable embrasse le rythme du support, l'Air de danse
s'en affranchit jusqu'à la contemplation. Coolie,
donnant naissance
à un court solo - Amandine Biancherin -, s'avère
savamment graphique,
de même que Perruche - Nina Khokham -, mais
c'est avec La lune danse en robe blanche que la tournure
métaphorique de cette chorégraphie prend son envol
le plus évidemment. On pourra voir Une grappe de fruit
comme une méditation géométrique s'opposant
à La fiancée est une jolie fleur, rite aux
secrètes formules alchimiques. Plus gymnaste, Hop ! sur
l'estrade est un solo - Grégory Beaumont - plutôt
contenu, contrastant avec l'innocence joueuse de Quand mon cher
oncle Laci, qui réunit tout ce petit monde en une aérienne
agacerie concluant naturellement par les saluts.
Cette danse-là, faisant confiance à la digne force
du geste et au bel équilibre plus qu'à la puissance
d'un jeu théâtralisé, accuse un relatif classicisme
dont bénéficie l'acte de Rameau. Ici, les chanteurs
eux-mêmes se soumettent à une gestuelle calculée.
Et lorsque trois danseurs sans vi-sages jouent à chat et
souris avec Pigmalion amoureux d'un marbre, ou encore soutiennent
et s'échangent l'Amour complice, une dimension antique est
atteinte. Toutefois, si esthétiques que puissent être
ces précieuses déambulations que viennent orner quelques
projections de papillons, de fleurs ou de colibri virevoltant, elles
paraissent bien maigres face à la richesse orchestrale qui
les soutient. D'autant qu' Hervé Niquet pénètre
dans la partition avec une dynamique franche, tout en offrant des
couleurs soignées. Le Concert Spirituel affirme une
nouvelle fois de gran-des qualités dont l'équilibre
n'est pas des moindres, et l'on en saluera les bois dont la prestation
est fort louable. Sur scène, Magali Léger (L'Amour)
se préoccupe avant tout d'un aigu flatteur qui risque un
beau jour de s'effon-drer si elle persiste à négliger
les atlantes sensés édifier ces hauteurs. Cassandre
Berthon (la statue) révèle une fort belle ligne
à son chant, servi par une voix plutôt égale
; un effort de diction serait cependant le bienvenu. Du timbre clair
qu'on lui connaît bien, mâtiné d'un bas-médium
plus corsé qu'on s'y serait attendu, Cyril Auvity assume
le rôle-titre avec une grande souplesse vocale, bien que l'aigu
ne témoigne pas, cet après-midi, d'une forme olympique.
Si brève que soit son apparition, Valérie Gabail
offre
une Céphise irréprochable et nettement confortable
à l'écoute.
Bertrand Bolognesi
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