Finale du 8ème
concours international
de piano d'orléans
Le Carré Saint-Vincent, Orléans
4 mars 2008
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Le jury du 8e concours de piano d'Orléans avait retenu trois
candidats pour la finale qui avait lieu le 4 mars dernier. Trois
candidats pour un palmarès sans surprises, mais sans enthousiasme
non plus.
Comme c'est désormais de coutume, la finale du prestigieux
concours de piano d'Orléans, consacré à la
musique des XX et XXIe siècles, laisse la part belle à
la musique de chambre. Avantages : les candidats qui ont pu, au
cours des épreuves précédentes, révéler
leurs qualités de soliste dans un répertoire de leur
choix, doivent, pour la finale, faire preuve de qualité d'écoute
et montrer que leur personnalité peut tout aussi bien s'exprimer
dans cet exercice difficile et exigeant. Inconvénient : le
risque de passer à côté d'un soliste de grande
qualité mais dont la musique de chambre ne serait pas à
proprement parler la cup of tea. Autre particularité
de l'épreuve : le concours passe commande d'une pièce
à un compositeur contemporain pour chacune de ses éditions.
Pour l'édition 2008, c'est à Édith Canat
de Chizy que revenait cet honneur.
Dans sa note d'intention, la compositrice dit avoir consciemment
choisi la même distribution que celle du Quatuor pour la
fin du temps de Messiaen : clarinette, piano, violon, violoncelle
pour ce discret hommage au maître
dont on célèbre cette année le centenaire de
la naissance. La comparai-son avec Messiaen - et c'était
une des volontés d'Édith Canat de Chizy - s'arrête
là. La pièce apparaît sur le papier d'un bel
équilibre entre chacun des interprètes et ne semble
pas présenter de difficultés insurmontables pour le
pianiste. Pour compléter le programme de cette finale, les
organi-sateurs du concours avaient choisi le Trio de Ravel,
uvre emblématique de la musique française du
XXe siècle, qui exige de vraies qualités de chambristes.
L'Américain Adam Marks était le premier à
se confronter à ce programme. Difficile, lorsque l'on n'a
pas suivi les épreuves éliminatoires du concours,
de juger des qualités de solistes de ce jeune pianiste. Force
est cependant de constater combien il semble peu à l'aise
dans un répertoire chambriste. Burning d'Édith
Canat de Chizy semble bien pâle et plat sous les doigts
de ce candidat qui peine visiblement à trouver sa place parmi
ses trois comparses ; l'on a l'impression désagréable
de passer à côté d'une uvre que l'on entend
pour la première fois. Dans le Trio de Ravel, notre
candidat fait cavalier seul et semble confondre musique de chambre
et course de vitesse, lâchant littéralement un violoniste
médusé par un changement de tempo aussi soudain
qu'inopportun à la fin du deuxième mouvement. Son
phrasé hésitant, son sens du tempo pour le moins surprenant
auront bien mis à mal ce trio.
C'est au tour d'Antal Spork, candidat néerlandais,
de se confronter au quatuor de Canat de Chizy. Si son jeu propre
et précis permet de mieux appréhender la structure
de l'uvre, on s'ennuie ferme. Le manque d'imagination et la
trop grande sagesse que l'on attribuera au stress des circonstances
et peut-être à un certain manque de maturité,
donneront encore un Trio de Ravel certes beaucoup plus en
place que ce que l'on a
pu entendre précédemment mais péchant cruellement
par son manque
de rondeur et de sensualité. Les qualités indéniables
de ce jeune pianiste, qu'il faudrait certainement entendre dans
un autre répertoire, ne suffiront
à convaincre ni le public, ni le jury.
C'est donc sans gloire et avant même d'avoir livré
bataille que la française Florence Cioccolani semble
devoir s'imposer comme la gagnante éviden-
te de cette compétition. Enfin, Burning prend des
couleurs. La candidate passe à nos yeux pour être la
seule à maîtriser assez bien l'uvre (pour-tant
d'une difficulté toute relative) pour en donner une véritable
interprétation, avec ce que cela suppose en termes de prise
de risque. À l'écoute de ses petits camarades de jeu,
elle impose la présence du piano sans jamais
en faire trop. Son toucher délicat et son manifeste sens
du phrasé ajoutent à ces qualités d'écoute.
Le page ravélienne ne viendra pas démentir notre impression
première. Le jeu rond et non dénué de subtilité
de Florence Cioccolani confirme ses talents de chambriste qui, sans
jamais écraser ses partenaires mais en sachant tout au contraire
les mettre en valeur lorsque cela est nécessaire, mènera
d'un bout à l'autre et de main de maître ce Trio.
Le verdict du jury ne présentera donc pas beaucoup de surprises.
Florence Cioccolani raflant le prix spécial Blanche Selva,
celui de l'Acadé- mie des Beaux-Arts ainsi que celui de la
Spedidam et, enfin, le prix décerné par le jury des
élèves du Conservatoire d'Orléans. Prix de
consolation pour les deux autres finalistes qui se verront attribuer
la mention spéciale André Boucourechliev pour Antal
Spork et la mention spéciale Maurice Ohana
pour Adam Marks.
Cependant, si Florence Cioccolani aura sauvé cette finale
par ailleurs
assez morne et sans saveur, nous sommes bien loin des palmarès
pré- cédents qui avaient couronné le formidable
Wilhem Latchoumia en 2006 (dont le premier disque soliste, sorti
voilà quelques semaines est de ce genre que l'on passe en
boucle dès le petit déjeuner), l'incroyable Winston
Choi ou encore Toros Can que l'on tient pour l'un des meilleurs
interprètes actuels d'un répertoire contemporain des
plus exigeants (ses Études de Ligeti, gravées
il y a quelques années, restent ce qui se fait de mieux en
la matière). Cette 8e édition restera donc un petit
cru pour Orléans.
Des choses qui arrivent.
Francine Lajournade-Bosc
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