© sergine laloux
les arpenteurs
MANCA
Théâtre national de Nice
9 novembre 2007
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En guise de lever de rideau, une déflagration
puissante qui suspend l'éternel doux bavardage du public
avant un spectacle. La lumière des-
sine à peine quelques formes verticales, bientôt vécues
comme des
blocs, des maisons, des façades, des volumes, livrant les
textures,
vraies ou fausses, comme elle cisellera les corps. Par leur course
folle, treize artistes délimitent l'espace scénique
imaginé par Alain Lagarde - dont on put déjà
apprécier le travail [lire nos chroniques du Roi
Arthus
et de Reigen].
Aux sept danseurs de la Compagnie Michèle Noiret se
sont ajoutés les six musiciens des Percussions de Strasbourg.
La rencontre se fera en un mouvement commun, le geste de la chorégra-
phe Michèle Noiret s'immergeant dans la partition
de François Paris,
la musique de Paris, mêlant percussion et sons électroniques,
croisant
ces eaux nouvelles que font onduler autant de carnations. Rien d'éton-
nant à ce qu'après plusieurs années de collaboration
avec Stockhausen,
la chorégraphe confronte son inspiration à une personnalité
venue d'un
art autre ; tout aussi logique paraîtra la démarche
du compositeur, après
son échappée vers le cinéma [lire notre
chronique du 5 novembre 2005.
L'étrange cité, avec ses connivences, ses luttes
et ses petites lâchetés, nous envahit plus qu'elle
ne se contente de nous faire front, les différen-
tes sources sonores englobant notre propre corps, bêtement
assis, dans les échanges parfois fiévreux des hommes
et des femmes que porte la scène. Concentration de passages,
d'exclusions, de cercles, de forçages, de peur, de désir,
Les Arpenteurs bouleverse plus loin que le regard. On y parle
du groupe, des manières dont il se forme et se disloque,
de signaux moraux, de gestes de ralliements, de gestes intimes et
de gestes inutiles, de ces comportements où nous nous retrouvons,
dans l'adhésion, le rejet, le jugement ou l'envie. Etouffante
amoureuse, lasses jeunes femmes en-laçant leur gémellité
trouble, conquérant vaincu, élu comblé ou priapique,
chacun cherche l'autre.
C'est une respiration que cette création parvient à
communiquer au spectateur, une respiration tour à tour enthousiaste,
convoitée ou honnie, faisant danser jusqu'aux maisons peut-être
entravées alors par les dan-seurs. Ceux-ci, par leur seule
présence, interrogent la mailloche qui
s'abat, de part et d'autre du plateau, révèle la corporalité
des instrumen-tistes. La sensualité elle-même sort
du domaine privé, les grands murs froid ne masquant plus
leurs yeux - ceux des musiciens, les nôtres.
Après Bruxelles, Strasbourg, Le Havre et Nice, Elena
Borghese, Julie Devigne, Dominique Godderis, Lise
Vachon, Isael Cruz Mata, Matthieu Guenegou et
Nicolas Hubert arpenterons la scène du Théâtre
de la
Ville, à Paris, les 18 et 19 décembre.
Bertrand Bolognesi
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