"into the little
hill"
conte lyrique de george benjamin
Festival d'Automne à Paris
Amphithéâtre de l'Opéra Bastille, Paris
22 novembre 2006
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Que se passe-t-il donc sur cette petite colline ? Les bourgeois
souhaitent l'extermination des rats, de "ceux qui n'ont
pas travaillé", comme le suggère la 5ème
scène de Into the Litthe Hill, la fable qu'imagina
Martin Crimp - un auteur dramatique particulièrement mis
à l'honneur de cette édition du Festival d'Automne
à Paris. Que devra faire le Ministre désireux d'accéder
au pouvoir ? Réaliser le désir de son peuple, bien
sûr. Tout en s'inspirant des différentes versions de
la célèbre légende du charmeur de rats, le
livret du conte lyrique de George Benjaminsuggère,
à travers ses naïves allures de noire parabole, une
réflexion politique, bien sûr, mais sonde principale-ment
les fonctions de la musique et ses rapports avec le pouvoir. Car,
attention, elle est un moyen dont on ne doutera pas un instant de
la respec-tabilité mais que le candidat, une fois le pouvoir
gagné, ne respectera pas ; en tant que moyen, elle n'a pas
à assumer la responsabilité de la perte des rats pour
laquelle elle sut uvrer. La musique est ici un "homme
sans yeux, sans nez, sans oreilles", arrivé par
enchantement, un homme qui - redouta-ble paradoxe ! - fera jurer
le Ministre sur "l'innocence endormie". De fait,
l'issue se laissera deviner
Tout en présentant l'avantage d'une histoire que l'on raconte,
que l'auditeur peut suivre, cette création s'est gardée
d'une figuration conventionnelle des personnages. Aussi le compositeur
s'ingénia-t-il à les caractériser par divers
procédés, partant que deux chanteuses suffiront à
incarner succinc-tement chacun d'eux. Aussi, de même qu'on
constatera certaines récurren-ces textuelles dans le livret,
divers motifs tissent une dramaturgie dans la partition. On se souviendra
d'une mélodie de clarinette, parfois contrepoi-ntée
par une seconde clarinette, toujours présente lorsqu'interviendra
le Ministre, d'un rythme de cymbalum se faisant plus présent
à mesure que
se précise l'extermination des rats, etc., balisant une écriture
musicale subtile dont l'expressivité s'impose simplement.
À l'angélisme obligé de la fille répond
idéalement le chant délicatement nuancé du
soprano finlandais Anu Komsi, ménageant des aigus
d'un
inouï raffinement ; lorsqu'il s'agit d'évoquer l'enchanteur,
la voix se fait dan-ger, sachant souplement s'adapter à la
raide gymnastique dramatique de l'uvre. Moins probante s'avère
la prestation d' Hilary Summers ; outre quelques soucis de
stabilité, une présence terne et une diction souvent
pâteuse, le contralto ne parvient guère à voyager
d'un rôle à l'autre. À la décharge de
cette artiste, la mise en scène de Daniel Jeanneteau ne
faci-lite pas les choses. L' Ensemble Modern, dirigé
par Franck Ollu, occupe l'hémicycle ; quelques passerelles
dessinent un arc délimitant
un plateau à travers les instrumentistes. Ce dispositif simple
stylise le rapport scène/fosse, en oubliant toutefois de
réfléchir plus profondément
la question. Le dépouillement de cette scénographie
sans imagination
ne fait pas mouche en faisant l'impasse d'une direction d'acteur
précise
sur un texte ne permettant pas l'intériorisation, circonscrit
qu'il se trouve
dans un univers d'emblèmes.
Bertrand Bolognesi
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