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JO
Festival d'Automne à Paris
Opéra-Comique, Paris
23 octobre 2006
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Le grand public l'ignore souvent, mais il y a plusieurs sortes
de critiques musicaux : ceux qui manquent le premier acte du spectacle
et broderont dessus, d'autres qui s'endorment au beau milieu (forcément,
à force de s'abreuver aux mêmes sempiternelles rengaines),
et ceux qui partent
avant la fin. C'est dans cette dernière catégorie
que votre serviteur, pour la première fois de sa carrière,
doit être rangé aujourd'hui. Il l'avoue honteux
et confus, car comment entreprendre le compte rendu d'une soirée
quand estimer un artiste n'a de sens qu'avec le début et
la fin de sa création ? Mieux vaudrait faire profil bas et
se taire. Cependant, si un théâtre à ses règles
de remboursement en cas d'annulation en cours de représentation,
le journaliste qui a vu plus de la moitié du concert se doit
de répondre à
son engagement. Voilà le lecteur avertit
Un des artistes de la soirée se nomme Cameron Jamie.
Il est né à Los Angeles, en 1969. Sculpteur, dessinateur,
performer intéressé par l'an-crage culturel
de manifestations populaires et folkloriques, sa vidéo
JO
(2004) lui permet de partager le regard ethnologique et sociologique
qu'il porte sur les dysfonctionnements humains. La trame du film
est un monta-ge muet de festivités orléanaises, autour
de la figure de Jeanne d'Arc. Aux images de l'investiture d'une
jeune fille au visage lisse comme le métal
de son armure, chargée d'incarner la pucelle durant
toute une journée, se mêlent des peintures, des photos
du passé, qui prouvent l'enracinement
de cette tradition. Si le rituel qui mêle populace complice
en costumes,
Le Pen et skinheads met un peu mal à l'aise (sans prendre
beaucoup de risques), en revanche, la portée artistique de
sa dénonciation ne dépasse pas celle d'un reportage
pour le 20h. Filmé aussi platement, que nous au-rait
apporté la fin du film (ripaille de hot-dog et de frites
à Coney Island, aux Etats-Unis), si ce n'est une dénonciation
des plus convenues de la société de consommation ?
La grande bouffe, à l'époque, ça avait
plus de gueule !
L'il est un organe délicat, mais ce n'est rien à
côté de l'oreille.
Après Mickey qui découvre Sade au pays des Lumières,
l'autre intervenant du programme se nomme Keiji Haino, artiste
culte au Japon - paraît-il -, en
tout cas, une figure atypique du monde musical puisque son jeu vise
à la recherche de situations extrêmes. Sur la scène
plongée dans la pénom-
bre, il accompagne les images de Jamie. Tout commence par des chan-tonnements
mélodieux, de plus en plus forts et aigus, avant que la guitare
électrique ne prenne le relais. La douceur et le silence
dominent d'abord, puis l'instrument libère un son saturé
de façon progressive mais perma-nente. Quand on sent vibrer
son siège, que les tympans supportent cinq,
dix minutes puis quinze minutes de ce régime, il est grand
temps d'offrir
une chance de survie à son instrument de travail, et de le
libérer de
l'inepte performance.
Laurent Bergnach
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