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"An index of Metals"
vidéopéra de Fauto Romitelli
Opéra en Île de France
Maison de la Musique, Nanterre
16 janvier 2005
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Dernière uvre du compositeur italien
Fausto Romitelli disparu en juin dernier au terme d'une longue
maladie, An Index of Metals joint la grande richesse de l'écriture
du musicien à son goût pour le détournement
de certains habitus musicaux soudain sortis de leur contexte habituel,
mais pas seulement. On trouvera plusieurs anges annonciateurs de
ce vidéo-péra dans ses travaux précédents,
en suivant les corrosives Lessons du cycle Professor Bad
Trip ou en se souvenant des impuretés décisives
de Trash TV Trance. Restant sur sa fin avec les résultats
les plus brillants de
la sophistication des spectraux, Romitelli observe activement l'explosion
de la musique populaire anglo-saxonne dans années soixante,
contaminant son esthétique avec brio, jusqu'à inventer
une sophistication plus complexe encore, et qui pourtant se fait
diablement entendre. Plus que d'accueillir la transe de Sonic Youth,
la techno de Aphex Twin, le trip hop de Portishead,
le brouillage de Sigur Rós, le trash rock incantatoire de
PJ Harvey, cette musique en accumule génialement les nutriments
avec un don terrible
de la multiplication et de l'hybridation qui distord comme aucun
autre
toute idée d'une écoute confortable de notre
part.
Georges-Elie Octors est un des grands prêtres d'une
étrange céré-
monie, à la tête de l'ensemble Ictus étroitement
lié au compositeur. Sur trois écrans, les images de
Paolo Pachini et Leonardo Romoli suivent
les alliages et les croisements musicaux en formant d'extraordinaires
synapses, traces lumineuses, reflets, impressions aquatiques, mouve-ments
comme raclés, déroulés de plus en plus rapides
d'architectures devenues plis, circonvolutions, bourrelets, ou au
contraire nombre infini
et sans chiffre, s'ouvrant vers autant d'états modifiés
de conscience
rendus possibles, vertigineusement nauséeux.
Romitelli a longtemps hésité : allait-il ou non écrire
l'ouvrage pour un contreténor ? Il n'a pas tranché
tout de suite - certains artistes ont même
été contactés dans l'éventualité
d'une création. Dans le souci de jouer sur les codes de l'opéra
autant que sur ceux de la rave party ou du light show,
il était peut-être plus judicieux en effet de convoquer
un soprano femme ;
un homme risquait d'évoquer une autre planète musicale
(baroque et italienne), ou d'accuser en une appartenance limitative
le parfum de la représentation (tant d'artistes retournent
leur voix dans les répertoires populaires cités
dans cet article). Tandis qu'une présence - la voix et bien
sûr le corps (si tant est que ce ne soit pas la même
chose
) - féminine
ne pouvait manquer de brouiller plus efficacement encore les références.
Aujourd'hui, Donatienne Michel-Dansac est tout simplement
méconnais-sable ! On sait bien le dosage personnel de ses
prestations, entre un engagement certain et une discrétion
dévouée ; ici, elle nous emporte et nous hypnotise,
et peu à peu se laisse sacraliser jusqu'en la contingence
microphonique elle-même. Tour à tour pop star provocatrice
et diva vibrante, elle transcende les matériaux compositionnels,
con anima pourrait-on dire, donnant vie à un organisme
monstrueux : An Index of Metals...
Bertrand Bolognesi
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