"dura lex",
musique de philippe schoeller
Auditorium du Louvre , Paris
31 mars 2007
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Composer de la musique pour un film muet n'est pas un exercice
des plus simples, loin s'en faut. En acceptant de s'y frotter avec
Dura Lex,
le film que Lev Koulechov réalisait en 1926 à
partir d'une nouvelle de Jack London, Philippe Schoeller,
se trouvant face à l'excellence, tant dramatur-gique qu'esthétique,
a préféré occuper une place discrète,
comme en périphérie d'un monument d'autant plus sacralisé.
Au risque de paraître tranchant, mais en espérant que
ces propos ne créeront pas d'ombrages, le résultat
prouvera qu'une scrupuleuse humilité est sans conteste moins
heureuse en la matière qu'un naïf et cordial culot.
Par ailleurs, cette attitude discrète qui refuse d'entrer
dans le sujet finit paradoxalement par nuire à la projection
qui, en toute logique, n'a rien à y gagner. De fait, l'errance
anodine dans l'univers restreint de la partition, un univers d'ailleurs
intimement lié à cette inertie terrible de la situation
dans laquelle finiront par se trouver les gardiens d'un assassin
- emprisonnés par l'emprisonnement, en quelques sortes, les
éléments se conjuguant alors pour surenchérir
les circonstances humaines -, contrarie si bien l'ancrage du drame
qu'il arrive que rit une partie du public aux moments
les plus tragiques. D'abord, l'on s'interroge : est-ce que ce cinéma,
avec
ses mines expressionnistes auxquelles nous ne sommes plus habitués,
est à ce point désuet qu'il serait devenu impuissant
à ravir l'affect du spec-tateur ?
Pourtant, si c'est le cas, comment se fait-il que ce même
cinéma, avec
ses codes, ses excès, ses gestes, ses contrastes et ses symboles,
con-
tinue, en d'autres contextes, de concerner, voire de bouleverser
? C'est à considérer l'exercice même qu'il eût
fallu songer avant de s'y livrer. À l'évi-dence, comme
un poème, un tel film demande qu'on l'analyse et qu'on l'interprète.
Cela implique de se passionner pour les énigmes posées
par une première visualisation et de chercher une réponse
dans une nouvelle création, autant investie que toute autre.
Ainsi, en fait de timidité, il ne s'agit peut-être
que de tiédeur. Très tôt, l'oreille fait donc
abstraction du travail de Schoeller, imaginant un autre climat sonore
à la projection, celui du vent,
du bris des glaces, des voix des protagonistes, toutes choses que
l'image parvient aisément à faire entendre.
Bertrand Bolognesi
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