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"Double Points : +"
de Emio Greco et Pieter C. Scholten
Festival d'Automne à Paris
Centre Pompidou, Paris
10 novembre 2005
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C'est une symbiose rare entre danse et musique que nous ont proposés
en coproduction, durant trois soirées, plusieurs organismes
parisiens - Ircam, EIC, Centre Pompidou, Théâtre de
la Ville, etc. Le programme, en-tièrement consacré
au compositeur Hanspeter Kyburz - né en 1960, et maître
en musicologie, philosophie et histoire de l'art depuis une quin-
zaine d'an-nées maintenant -, commence avec Danse aveugle,
une
pièce d'un quart d'heure créée en 1997.
Après un éveil délicat où chacun des
cinq instrumentistes
s'impose timidement - le piano n'existe d'abord que par des cordes
tirées par Géraldine Dutroncy -, l'auditeur
perçoit une série de déchaînements, puis
de retours au calme. Ces emballements sereins, malgré des
varian-tes virtuoses, n'en paraissent pas moins répétitifs.
Ce corps de l'uvre
fait souvent penser à Messiaen, par la couleur des timbres,
et l'usage ornithologique du piccolo. Tout revient au calme du début,
dans une sorte de nocturne inquiet : le souffle sombre de la clarinette
de Jérôme Comte,
de la flûte basse de Sophie Cherrier se mêlent
aux traits nerveux mais brefs du violon - Hae-Sun Kang -
et du violoncelle - Pierre Strauch. Avant
de commencer la battue de cette pièce, Jean Deroyer aura
laisser place
à Emio Greco : tête rentrée dans les
épaules, vives avancées de trois pas puis marche arrière,
le danseur livre une brève improvisation, qui se con-clût
par une expression amusante, genre vu l'espace dont je dispose,
c'est tout ce que je peux faire.
Une première performance de Double Points : +, d'une
vingtaine de minutes, avait déjà été
proposée en mai 2004, durant une résidence de Kyburz
à Dortmund. L'uvre, qui occupe la seconde partie de
soirée, dure aujourd'hui un peu plus du double. Deroyer et
le percussionniste Michel Cerutti se tiennent côté
cour, les autres instrumentistes sont dos au mur, côté
cour, laissant cette fois un vaste plateau nu à l'art d'Emio
Greco. Depuis 1995, l'artiste italien travaille avec le dramaturge
et conseiller cho-régraphique Pieter C. Scholten à
la recherche de nouvelles formes. Leur intérêt pour
le corps confronté aux impulsions extérieures trouve
ici matière à créer une musique en mouvement
: des capteurs dissimulés sous le vê- tement du danseur
produisent des impulsions, lesquelles sont autant d'informations
transformées en un environnement sonore par échantillon-nage
électronique. En dehors du déclenchement de séquences
jouées par un double virtuel du sextuor présent,
le résultat apparaît décevant, car lors-qu'une
musique souvent décousue s'arrête pour une minute,
on entend
au mieux des halos flûtés, des échos caverneux,
au pire des effets synthétiques à deux doigts du larsen.
Dans un environnant aux lumières changeantes et sophistiquées
- Henk Danner, Floriaan Ganzevoort et Joost Rekveld,
de projections discrètes -, c'est donc le travail du danseur
qui aura retenu notre attention. Fusionnant des éléments
classiques et contemporains, Greco avance sur des pointes, buste
rigide, jambes fléchies et bras souples. Tantôt il
recherche l'ampleur du geste, tantôt c'est un coude qui part
brusquement en arrière. Les mains paraissent se fuir sans
fin, et quand l'une coiffe le sommet du crâne,
l'autre touche un genou. Avec ses gestes vifs et précis,
l'homme semble tour à tour un crucifié, la tête
agitée de tremblements, un ibère (danseur
de flamenco ou torero) qui piétine en ondulant du bassin,
un oiseau, un poisson... Parfois, avec violence, il se jette au
sol, sur lequel il passe les derniers moments du spectacle, comme
pour se reposer - malgré les tressautements comiques - de
tous les efforts engagés dans cette
création.
Laurent Bergnach
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