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Une première conjugaison

Futurs Composés
Opéra Comique, Paris
17 & 18 septembre2005

Amateurs en manque de musique contemporaine (l'été fut plutôt roman-tique) et curieux de patrimoine s'étant donné rendez-vous le même week-end, il fallut attendre une demi-heure avant de pénétrer dans l'enceinte de l'Opéra Comique, pour un premier concert programmé à 15h. Sans doute
y avait-il moins de monde pour la table ronde de 10h, où professionnels
et public étaient conviés à une réflexion sur la création aujourd'hui, sur ses lieux de diffusion et la place qu'elle occupe (ou n'occupe plus) dans les médias traditionnels - un miracle, quand même, sur France 3 : vers 1h30
du matin, Marie-Aude Roux a pu annoncer, comme événement parisien
de la semaine, la première de Cardillac, une œuvre qui a moins de
quatre-vingt ans !

Pour sa première conjugaison, Futurs Composés a remporté son pari d'attirer le public, après avoir fait celui de réunir, durant deux jours, tous les défenseurs de la création en Ile-de-France. Ces derniers sont nombreux, puisqu'à côté des plus connus (Ensemble Intercontemporain, Ensemble Itinéraire, TM+, Arcal), on découvre des noms qui le sont moins, mais plus propres à rêver : L'Instant donné, Eclat de souffle, La Grande Ourse, etc.On croise également des isolés, tels le facteur Pierre Malbos qui présente une restauration unique du piano rythmique des frères Baschet (brevet améri-cain de 1963), au timbre de carillon, conçu sur le principe de la tige
vibrante.

Deuxième constatation : le volume sonore des invités (la manifestation
est portes ouvertes) s'avère malheureusement proportionnel à leur nombre. C'est supportable dans un cocktail, intolérable lors d'un spectacle. Mais y
a-t-il vraiment concert, ou seulement vitrine, lorsque c'est le foyer du théâ-
tre qui sert de cadre aux prestations artistiques, avec le couloir concomitant, lieu de toutes les retrouvailles et de tous les bavardages ? Difficile de dire quoi que ce soit des œuvres de Luis Naon, Olivier Sens et Alexandre Lévy, si ce n'est qu'on perçoit le saxophone de Guillaume Orti, le hautbois de
Pilar Fontalba ou la batterie d' Eric Groleau (chacun de ces soli étant lié
à l'électronique) et la difficulté des instrumentistes à se concentrer.

Ces dernières années, la salle Favart programme de bruyantes opérettes, de sorte que les artistes sur scène ne sont guère dérangés par le rire des ouvreuses, les sifflotements de couloirs et autres grincements de portes des retardataires. Troisième constatation : difficile, là encore, de ne pas souffrir avec l'Ensemble 2e2m (Eric Crambes au violon, Frédéric Baldas-saré au violoncelle et Bruno Maurice à l'accordéon) qui donnait un Trio de Bernard Cavanna, avec Dominique My qui dirigeait l' Ensemble Fa dans La barque mystique de Tristan Murail ou encore avec Cédric Jullion, accompa-gné de Caroline Cren au piano, pour les Four Miniatures pour flûte de Brian Ferneyhough. Ajoutons à cela un public avare d'applaudissements, sans doute refroidi par la chute d'une enceinte sur une spectatrice du balcon,
à l'heure de commencer.

A côté de ces œuvres délicates, des comédiens viennent citer Cage ou Deleuze avec humour, faisant de lien avec des extraits de théâtre musical. Ainsi, on découvrira Eric Ruff évoquant la vie des dadaïstes dans une pièce de Jean-Rémy Guédon, et Chris Martineau qui, après Lancelot du Poitou, son collègue de la compagnie Le Grain devenu grand fort costaud à force
de caramels, usait avec virtuosité de son violon et de son chant pour ce constat final : "On n'est pas grand-chose ; ça n'a pas d'importance".

Suite et fin, dimanche, du marathon musical…
Après un concert apéritif en salle Bizet (et avant un rendez-vous acousmatique), la salle Favart proposait, comme la veille, une grande variété de spectacles, utilisant des supports vidéastiques sur la majeure partie d'entre eux : un chœur féminin a cappella - Les jeunes solistes dans Soleils de Patrick Burgan -, un solo à la guitare - Didier Aschour dans Plis de Pascale Criton -, un duo violon-violoncelle - Jérémie Siot et Noémie Boutin dans le très prenant In & out 1 de Pierre Jodlowski -, trois œuvres pour petit ensemble - de Patrice Fouillaud, Martin Matalon et Gérard Grisey -, et même un échantillon de théâtre total puisque la compagnie CCMIX pré- sentait un extrait alléchant des Cenci, opéra de Gérard Pape d'après Anto-nin Artaud. Quelques intervenants accompagnaient les changements de plateau, comme ces trois jeunes femmes de Nomad dont le travail émou-vant aurait mérité un plus grand respect. Une pensée fut également adres-sée à Claude Picard, président disparu de l' Ensemble Artedie.

Laurent Bergnach