"Cabaret", spectacle
de François Verret
Théâtre de la Cité Internationale, Paris
9 février 2009
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En octobre dernier, en résidence au Centre Régional
des Arts du
Cirque de Basse-Normandie (CRAC), François Verret proposait
au
public une étape de son spectacle Cabaret, en cours d'élaboration.
Loin
de l'affole-ment économique et médiatique, il pouvait
ainsi approfondir
des recherches sur l'échange interdisciplinaire (danse, cirque,
théâtre,
etc.), et surtout recueillir les réactions du spectateur.
C'est aujourd'hui
aux Parisiens de découvrir, une heure durant, cette pièce
pour quatre interprètes du chorégraphe et metteur
en scène qui en explique le titre :
"Dans les années trente, en Allemagne, plusieurs
artistes inventaient
une forme singulière de cabaret politique grinçant.
Ces artistes sentaient leur temps à fleur de peau car ils
y étaient plongés jusqu'au cou. C'est de cette manière
qu'ils réagissaient, avec la sensibilité d'un sismographe,
aux événements de l'actualité. J'ai voulu renouer
avec cette forme d'en-
gagement sur scène et créer une sorte de cabaret contemporain
où
l'artistique et le politique sont intimement liés. (
)
C'était cru, avec une
dimension burlesque".
Hélas, on est loin de Max Raabe vantant avec dérision
les joies du
clonage ! Ici, la plupart des artistes se côtoient sans humour
- était-ce
drôle, cette parodie de chanson des années soixante-dix,
sur fond de
vinyle qui craque ? Presque toujours en anglais, Dorothea Munyaneza
chante l'arrivée de la Bête et celle de vagues de peur,
d'une voix fiable
mais quelconque, forçant parfois la cassure. Au piano, quand
elle ne
cogne pas le bois ou les cordes de l'instrument, Séverine
Chavrier l'accompagne avec une musique minimaliste et répétitive
s'inspirant
au mieux de Satie et Debussy, au pire de Keith Jarrett et Yann Tiersen.
Verret a développé son projet à partir de
textes d'Heiner Müller et
d'Ahmed Meguini, souvent dans la rue par le passé,
comme militant altermondialiste actif. En écho à des
projections mille fois vues de
scènes d'actualité, le comédien balance des
clichés sur le Système,
la prison et la Guerre de tous contre tous. Si le jeune homme
a connu
le combat à Sarajevo, l'incarcération à Strasbourg
et la galère de nom-
breux jeunes rêvant de révolution, il vaut mieux que
cette caricature
de lui-même.
De ce spectacle pauvre et prétentieux, qui exploite la moindre
idée
jusqu'à l'écurement, il reste le souvenir des
contorsionnistes Angela Laurier et Mika Kaski, lesquels
parviennent seuls, avec émotion et leur corps de pantins
démantibulés, à nous rendre leur difficulté
à vivre.
Laurent Bergnach
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