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"El Cimarrón"
théâtre musical de Hans Werner Henze
La Péniche Opéra, Paris
10 février 2007
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Ethnologue et poète, le Cubain Miguel Barnet rencontre en
1963 un vieux Noir de cent quatre ans nommé Esteban Montejo
- "Sa voix parlée avait
un caractère mélodieux qui semblait constamment au
bord de devenir un chant". L'homme lui raconte sa vie qui,
trois ans plus tard, devint un livre : Biografia de un Cimarrón
(ce mot - buf sauvage - désignant l'esclave
fugitif). Montejo offre un résumé de l'histoire cubaine,
liée à la domination espagnole puis américaine
; lui-même devient un symbole de la vulnéra-bilité
de cette jeune nation, avec sa faim d'autonomie et sa soif de plaisirs.
Hans Magnus Enzensberger en tire un livret dont rend compte en français
Paul-Alexandre Dubois, à la voix sonore et à
la diction excellente : les premiers Africains arrachés à
leur terre, la plantation à l'âge de dix ans, l'appel
de 4h30 pour rejoindre les autres esclaves dans la canne à
sucre,
le carcan, le fouet, les chaînes
jusqu'à la fuite
dans les bois, avec les oiseaux, les arbres et les esprits pour
seule compagnie.
Proche du marxisme à l'époque, c'est à Cuba
que Hans Werner Henze
écrit cette pièce théâtrale en quinze
tableaux, entre décembre 1969 et jan-vier 1970. Le texte
y est traité tantôt en parlé véritable,
tantôt en Sprechge-sang, tantôt en arioso
libre. Comme le chanteur, les trois musiciens qui l'accompagnent
- Amélie Berson (flûtes), Didier Aschour
(guitare) et Diana Montoya Lopez (percussions) - disposent
d'une large gamme expressive
qui engendre une musique évocatrice, sans pasticher le folklore.
De riches alliages timbriques signalent le moment de l'entrée
en scène (archer sur le
fil d'une cymbale et sur les cordes de la guitare), l'évasion
(une guimbarde et un sifflet accompagnant les gémissements
du baryton dans un micro),
la découverte de la forêt (flûte basse, chapelet
de coquilles St-Jacques, plaque de métal frottée),
l'abolition de l'esclavage (piccolo et xylophone),
le retour dans la canne pour gagner sa vie, sous l'il du contremaître
(cla-quement des fines tiges de bambous qui forment un rideau au
fond de la scène, steel-drum), l'évocation de la misère
(guitare solo), la demi-heure d'une révolte sanglante à
la machette, en 1895 (les trois musiciens aux percussions), etc.
"Un homme, cinquante ans avant la révolution castriste,
parle de liberté
et de révolte à des hommes et femmes qui vivent cinquante
ans après et rêvent toujours de libertés et
de révoltes". Mireille Larroche mesure le
lien que notre imaginaire entretient avec le bastion de Fidel Castro,
le para-
doxe de nous savoir entichés de révolutions dont on
sait pourtant qu'elles tournent mal. Dans le cadre intime de la
Péniche Opéra, elle met en scène un personnage
atypique, une histoire violente en utilisant aussi la projec-tion
vidéo. Sur des toiles suspendues à chaque bout de
la scène ou ten-dues au sol, images d'archives ou contemporaines
de l'île se succèdent, entrecoupées de gros
plans sur les mains des interprètes. Le procédé,
qui pourrait paraître redondant, rend plus proche cette nature,
ces visages paisibles évoqué par un sage qui ne réclame
que "la tranquillité pour
penser et vivre".
Laurent Bergnach
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