© lucy van gerven

"H2-2005", de Bruno Beltrão

Festival d'Automne
Centre Pompidou, Paris
4 décembre 2005

"Le hip-hop a mis sur orbite un vocabulaire riche et innovant. Il nous faut maintenant mettre le hip-hop en crise. En distanciant et disséquant son vo-cabulaire, on peut découvrir de nouvelles esthétiques". Avec sa cinquième création, H2 - 2005, Bruno Beltrão poursuit sa recherche et son travail critique à l'égard des structures et des dynamiques propres au hip-hop : interroger la puissance et la physicalité explosive qui le caractérisent, bousculer les règles très codifiées de son écriture à l'aune des processus de composition propres à la danse contemporaine, tels sont les enjeux de cette nouvelle pièce de Bruno Beltrão. Avec seize interprètes, des danseurs de rue recrutés aux quatre coins du Brésil, le jeune chorégraphe nous pro-pose une danse nouvelle, surprenante de vivacité défiant les lois de la giration et de l'équilibre (incroyable déplacement de la force centrifuge).

C'est dans le cadre de l'année du Brésil en France que le festival Aix danse reçoit le chorégraphe et son spectacle de rue explorant avec lui un territoire plus connu par ses musiques que par les arts de la scène ; aux cotés de Christina Maura, de Marcia Milhazes et du Coletivo Improviso, Bruno Beltrão participe au boum de la danse contemporaine brésilienne qui, à Rio et à Sao Paulo se fait voir intra et extra muros. Une danse qui malgré le cruel manque de lieux de travail et de répétition est pourtant omniprésente et per-met, ce qui était jusqu'alors improbable, un rapprochement entre le théâtre fermé de tradition bourgeoise et la danse de rue de tradition noire africaine.

Danseur dans les clubs de Rio de Janeiro depuis l'âge de treize ans,
sur les plages avec des amis, Bruno Beltrão s'est tout d'abord fait connaî- tre dans le milieu hip-hop. A vingt ans il commence à étudier la danse con-temporaine et l'histoire de l'art, et en 1994 il fonde sa propre compagnie, le Grupo de Rua de Niterói, avec laquelle il entame un nouveau parcours. Il travaille dans les combles de la gare des cars, long bâtiment enclavé dans un centre commercial à l'image des breakeurs parisiens s'entraînant dans la descente des escaliers du forum des Halles et gagne de nombreux prix. Participant à de nombreuses manifestations ces danseurs des milieux défavorisés deviennent rapidement de véritables virtuoses s'amusant à détériorer les stéréotypes de leur art.

A 24 ans, le Brésilien décide "qu'il a trop d'expérience pour encore danser" et envoie ces garçons en Europe, Amérique et Extrême-Orient témoigner
de ce passage à la danse contemporaine d'un art de rue gardant sa propre expression passionnelle. Dès lors se définit une esthétique propre trouvant des combinaisons impertinentes, passant de torsions invraisemblables en courses frénétiques défiant les lois de la gravité jusqu'à la bruissante glis-sade d'une semelle sensuellement stoppée. Accompagné du seul gong scandant les soubresauts d'un geste longuement évolué sortant en sensi-ble présence du cadre de lumière, ou qu'une stridente musique désinté- grée rompe le fuite en arrière du cercle recherché, c'est en grande inspiration que son écriture chorégraphique s'impose.

C'est en cette écriture surprenante (parce que le vocabulaire du hip-hop et toutes les turbulences culturelles l'influencent) que progressivement Bruno Beltrão quitte la breakdance, inventant un langage nouveau, un univers singulier, inattendu baigné des accents de son pays.

Françoise Cheramy