© national film center, tokyo

"Le Fil Blanc de la Cascade"
musique de Misato Mochizuki


Festival Agora
Auditorium du Louvre, Paris
15 juin 2007

Entre une pièce de Stockhausen réservée aux critiques de danse et un opéra de Harvey amputé de la mise en scène de Pierre Audi (présentée à Luxembourg et Amsterdam), ce Fil blanc de la cascade (Taki no Shiraito) apparaît donc comme le principal événement multimédia d'une édition Agora décevante à plus d'un titre.

Réalisé en 1933 à partir d'un roman de Kyoka Izumi, ce film en noir et
blanc est l'un des rares exemples de la période muette de Kenji Mizoguchi à nous être parvenu complet. Révélant un intérêt pour les conflits moraux
et sociaux, le drame se noue autour de Takino Hiraito, une artiste de cirque célèbre pour son numéro de féerie aquatique, tombée amoureuse du jeune Kinya, issu d'une famille de samouraï mais que la pauvreté conduit à deve-nir cocher. D'emblée, un combat de singes dressés annonce la place que prendra l'argent dans le scénario, de l'aide financière apportée à Kinya pour qu'il finisse ses études de droit au guet-apens tendu à Takino pour lui voler
ses économies - et la conduire au meurtre. Marqué par le destin de sa
sœur vendue adolescente dans une maison de geishas, Mizoguchi dénoncera souvent les abus du patriarcat.

Confrontation entre modernité et tradition s'affiche aussi dans l'instrumen- tarium hybride convoqué par Misato Mochizuki : sans se regrouper selon leur origine ethnique, on trouve d'un côté violon, harpe et percus-sions, de l'autre shakuhachi, shamisen et koto - souvent, l'auditeur demeure troublé des échos naturels ou organisés de ce dernier avec la harpe. Assis au
sol ou en tailleur sur un tabouret bas, les musiciens de l' Ensemble Contre-champs semblent des valets de théâtre, recueillis et concentrés, qui jouent parfois ensemble (quelques mouvements de foule trépidants) mais le plus souvent en duo ou seuls. On remarque un ostinato de caisse qui vient ten-dre des actions-clés (la course du coche, les prémisses du meurtre), un violon accompagnant le bonheur des différents couples, etc.

Jurjen Hempel interrompant régulièrement sa battue, signalons enfin la place laissée au silence dans une partition mezza-voce qui ne souhaite
pas perturber le spectateur. De fait, c'est une vraie musique de film que
l'on entend ce soir, qui s'intègre au climat de la narration et en trans-
cende l'émotion. En d'autres termes, on n'imagine pas l'œuvre de
la compositrice jouée seule, et c'est par là précisément qu'elle
fait mouche [lire notre dossier Mochizuki].

Laurent Bergnach