Scènes noires
Festival Agora
Ircam, 19 juin 2009
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Consacrée à la notion de complexité dans
les arts et la science, cette nouvelle édition du festival
ircamien aura fait une place toute particulière
à l'image. Que l'on en juge : une rétrospective intégrale
de l'uvre du ciné-
aste Lars von Trier (incluant essais de jeunesse, travaux d'étudiant,
films publicitaires et même un échange avec le public
en visioconférence), une installation interactive qui joue
avec les gestes du spectateur (If / Then : installed), la
création d'une musique originale de Mauro Lanza et d'Olivier
Pasquet pour le film suédois Häxan (1921), celle
d'images en temps réel, concoctées par Pierrick Sorin,
pour l'ouvrage de Gérard Pesson ; etc. Quelques jours après
le projective opera de Parra qui opposait la rigidité
d'un pont à l'univers fluide et mouvant d'une cinquième
dimension (kaléi-doscope de rosaces bleu-vert, gouttelettes
irisées, etc.), voici un autre
projet original associant musique et vidéo, d'une densité
et d'une gravité prenantes, commandé à l'Espagnol
Alberto Posadas (né en 1967) et au Colombien Carlos
Franklin (né en 1979).
Cuatro escenas negras (Quatre scènes noires)
à pour origine l'uvre de Goya, et plus précisément
les Peintures noires (1819-1823), une série de quatorze
fresques destinées à décorer la nouvelle maison
acquise par l'artiste, non loin de Madrid. C'est après la
mort du peintre qu'elles trouvè- rent un nom (1828) et furent
transférées sur toile (1873). La déchéance
physique de leur créateur et l'instabilité politique
de l'époque sont généralement avancées
pour expliquer ces uvres à l'ambiance plutôt
nocturne, aux figures décentrées. Átropos
ou Las Parcas (Les Parques), Saturno devorando
a un hijo (Saturne dévorant un de ses fils), Perro
semihundido (Tête de chien) ou plus simplement
El perro (Le chien),
ainsi que Duel a garrotazos ou La riña (Deux
hommes luttant / La rixe)
sont les fresques auxquelles se réfèrent le titre
donné.
Les cordes de L'Itinéraire installent d'emblée
un climat doux-amer qui, appuyés par certains contrastes
à venir (sons acoustiques cristallins / sombres échos
électroniques), dessine une espèce de Purgatoire dont
on ne saurait dire où il mènera. Spectrales à
la manière de Murail par certains aspects, rugueuses par
d'autres, les quatre scènes - encadrées par un prélude
et un postlude, et entrelacées par trois interludes - transposent
la frénésie, la désolation ou la violence picturale
de Goya, précurseur de l'expressionnisme. Frise visuelle
surplombant Mark Foster
et ses treize musiciens, l'écran délivre de belles
trouvailles : dominantes gris et ocre, références
telluriques (terre, fumée, branches), corps soumis
à des camouflages numériques, mais surtout superpositions
et fondus enchainés délicats qui complètent
l'hypnose musicale.
En prélude à ces quarante minutes de spectacle, Irvine
Arditti reprenait
la pièce pour violon de Francisco Guerrero (1951-1997)
qu'il avait créée
à Bruxelles, le 18 mars 1995. Très en relief et en
sentiers caillouteux,
Zayin VI (Zayin signifie 7 en hébreu, chiffre
féminin par excellence)
rebondit, mord, racle, frotte, écorche, couine, halète
et s'essouffle.
C'est énergique
autant que bavard.
Laurent Bergnach
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