yan maresz © patricia dietzy

"paris qui dort"

Festival Agora
Auditorium du Louvre , Paris
4 juin 2005

À vingt-cinq ans, René Clair réalise Paris qui dort, film d'un peu plus d'une heure qui montre une sorte de fable surréelle dont le sujet véritable est le cinéma lui-même, puisqu'il s'agit du mouvement. Gardien de nuit sur la plateforme du troisième étage de la Tour Eiffel, un jeune homme décou-
vre au matin Paris totalement immobilisé. Les rues sont vides, et les très
rares personnages qu'on y rencontre semblent avoir été pétrifiés dans
un mouvement.

Le compositeur Yan Maresz a conçu une œuvre pour sept instruments et dispositif électronique en temps réel - réalisation informatique de Benoît Meudic, technique Ircam - qui, pourrait-on dire, profite presque insolem-ment de cette fabuleuse mise en regard de l'inertie. Si, à l'opéra, le chanteur suspend l'action pour la commenter, inventant une chronologie contrariée et improbable, à l'inverse, le temps suspendu donne lieu ici au commentaire naturel qui s'ignore que devient le jeune homme du film. Une aubaine pour un compositeur !

Suivant d'abord aimablement une thématique supposée, les instrumentistes de l'ensemble Court-Circuit, dirigés par Jean Deroyer,
ont à jouer sur des périphéries sonores, de brefs motifs qui ne se dé-
ploient pas, un geste musical encore brouillé, dans un réveil brumeux.
Mais, tandis que le gardien de nuit constate le sort jeté sur la métropole statufiée, la musique de Maresz se développe en une vertigineuse fluidité qui souligne avec d'autant plus d'ironie la situation. Elle s'attachera peu à peu à créer des repères psychologiques, lorsque de nouveaux personna-ges réveillés gagneront la toile, éclairant discrètement le scénario. L'accordéon - Myriam Bonnin - y trouve une place et un rôle assez évident, tant par la suspension asthmatique de son souffle, au début, que par la couleur qu'il associe au noir et blanc et à la tendre ironie qu'il rattache à
un certain reportage parisien.

Bertrand Bolognesi