De Weimar à Térézine
L'épuration musicale 1933-1945
de Bruno Giner
Van de Velde, 2006 - 150 pages
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À la fin de la première guerre mondiale, la République
de Weimar
succède à l'Empire autocratique de Guillaume II, offrant
à une Allemagne rurale et archaïque un renouveau économique,
social autant que culturel. Haïe par les partis conservateurs
(un putsch militaire en mars 1920) et contestée par une partie
de l'extrême gauche, cette République, dotée
d'une nouvelle constitution, garantit pourtant la liberté
d'opinion politique
et religieuse, abolit la censure, accorde le droit de vote aux femmes
et aux soldats, renforce les syndicats, etc. Malheureusement, la
dette de guerre,
la perte de pôles industriels importants contribuent à
accroître le chômage et, avec lui, la misère
des classes moyennes. Les gouvernements se suc-cèdent, les
attentats se multiplient. Malgré toutes ces difficultés,
la stabilité et la prospérité s'installent,
de 1924 à 1929. Jusqu'au krach boursier de
Wall Street. Moins d'un an plus tard, le parti National-socialiste
passe
de 14 à 107 députés élus au Reichtag.
Après une introduction claire et détaillée
de ces quelques années d'es-
poir, le compositeur Bruno Giner - déjà auteur, notamment,
de Musique contemporaine : le second XX° siècle ou
Rencontres avec Ivo Malec - retrace les actions décisives
du nouveau Chancelier du Reich. Dès son élection,
le 30 janvier 1933, Adolf Hitler applique méthodiquement
le pro-gramme en partie contenu dans Mein Kampf (achevé
en 1924). Dans les premiers mois, accompagnant la suppression de
tous les partis politi-
ques et la création de camps de concentration, le respect
de la tradition germanique exige une épuration culturelle.
En avril, on ferme le Bauhaus ; en mai, on brûle plus de 20000
ouvrages.
L'essayiste nous plonge ensuite dans la vie artistique berlinoise,
où l'on croise les membres du Groupe Novembre (Vladimir Vogel,
Ernst Toch), du mouvement Dada (Stephan Wolpe, Erwin Schulhoff,
etc.) et de la Nouvelle Objectivité (Hanns Eisler, Paul Hindemith,
Ernst Krenek, etc.), les défen-seurs de la classe ouvrière
(Heinz Tiessen, Hermann Scherchen, etc.),
du dodécaphonisme ou de la microtonalité. Il rappelle
les pressions qu'on subit les créateurs dégénérés,
le destin de chacun d'eux face à l'exil ou à l'internement,
sans omettre le goût de hauts dignitaires nazis pour le jazz
et l'allégeance de plus d'un artiste qui - de façon
moins passive que Wa-gner ! - participait fièrement à
la grandeur d'une dictature nourrie de sang. De quelque époque
qu'elle soit, une démocratie n'est jamais à l'abri
du pire.
Laurent Bergnach
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